La coloc’ Braque le Grand Palais


Par Schmilblicq

Braque affiche

Haut les mains, ceci est un hold-up !

Il  n’est pas question du dernier casse bijoutier, mais bien de la suite de la saison au Grand Palais. L’exposition Georges Braque a ouvert ses portes le 18 septembre dernier et elle n’est pas un simple amuse-bouche pour notre légendaire appétit culturel. Mais pas question de se laisser impressionner par le faste de LA grande expo monographique de l’automne. 50 ans après la disparition de l’artiste, le Grand Palais nous propose un Braque-âge. Car tout le monde sait bien que le casse du siècle ne se fait pas dans l’ombre, mais bien devant les projecteurs de la grande porte.

Ne vous braquez pas !

Braque théogonie d'HésiodeDans son ensemble, cette exposition présente des œuvres variées en couleur, technique, taille et traitement. Du fauvisme au plafond du Musée du Louvre, il y en a pour tous les goûts. Le parcours présente un rythme fluide, avec un nombre presque idéal d’œuvres dans chaque partie, et un changement de style qui ne nous laisse pas le temps de se lasser. On y trouve une alternance de techniques développées par Braque, pour certaines méconnues : huiles sur toile et collages laissent place à des bronzes, des plâtres, des illustrations et des eaux fortes de façon assez surprenante. Les œuvres de l’artiste sont agréablement alternées avec des éléments qui les complètent, comme des photos d’atelier, ou des portraits du peintre, des cahiers, des lettres, des cartes postales et des documentaires d’époque. Malheureusement, en cas d’affluence, trois personnes suffisent à rendre inaccessible une vitrine de documents. Le visiteur n’est pas toujours bon élève, car ce n’est pas parce qu’une salle n’expose pas de toile qu’il faut la parcourir en un coup d’oeil. Certains pensent même que les illustrations et autres sculptures de sont pas de Georges Braque, et vont se réfugier dans la salle suivante, où il peuvent trouver de rassurant grands formats.

L’évolution de l’artiste est très visuelle et particulièrement parlante dans les salles fauves et cubistes. La décomposition des formes et la recherche chromatique de Braque est évidente pour tout le monde sans besoin de plus d’explications. On passe aisément d’une palette de couleur à l’autre, puis dans une transposition en collage, et enfin, des sujets en rapport avec la guerre.

Il y a la carte du restaurant… et ce qui est servi dans l’assiette.

Braque ExpoL’exposition chrono-thématique n’a pas que des avantages, car, si elle est très efficace dans la première moitié, elle devient plus floue dans les dernières salles. Les thèmes des billards, ateliers et autres oiseaux nous donnent l’impression d’accéder à une œuvre nettement plus intellectualisée, sans que les explications suivent. La série des natures mortes ou celle des ateliers restent trop abstraites, et je ne suis pas sûre que tous les visiteurs savent à quoi ressemble un compotier autrement que dans le style cubiste. Par ailleurs, les natures mortes qui entourent la partie sur les nus et canéphores ressortent comme une orchestration mal maîtrisée.

Enfin, le point qui fait défaut aux expositions monographiques du Grand Palais de façon récurrente est le manque d’encrage concret de l’artiste dans l’histoire de l’art. On ne peut pas faire de comparaison, ne serait-ce qu’avec un seul autre tableau fauve ou cubiste. Par ailleurs, même si un novice comprend rapidement que le cubisme se rapporte à la décomposition des formes, aucun rappel n’est fait sur les courants artistiques évoqués. Il en est de même pour les techniques utilisées par Braque : celles-ci sont développées pour leur richesse dans la muséographie, mais restent inaccessibles, car ignorées par l’analyse proposée. On nous parle également d’influences et de rencontres artistiques, qui sont systématiquement absentes visuellement. Or, quel intérêt de le mettre en avant, si cela doit présupposer que les 500 000 visiteurs attendus connaissent l’œuvre de Cézanne ou de Matisse ? On rejoint les expositions précédentes, où l’artiste présenté par le Grand Palais apparaît comme l’unique figure artistique de son temps. Cet argument devient d’ailleurs commercial, car les visiteurs affluent en nombre de peur que l’art du XXe siècle leur reste méconnu s’ils ne vont pas absolument voir l’exposition du Grand Palais.

Au final, vaut-il mieux ressortir de la bijouterie avec un seul diamant, ou avec toute la monnaie de la caisse ?

Exposition Georages Braque, jusqu’au 6 janvier 2014

Entrée Champs-Elysées

Tous les jours de 10h à 20h, sauf le mardi ; nocturnes jusqu’à 22h du mercredi au samedi.

12€ plain tarif / 8€ tarif réduit

Bande annonce de l’exposition 

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