La maison d’os, ou le goût d’inachevé


Par Reminculture

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A Lyon comme partout ailleurs en France flotte un parfum de douceur à l’approche de l’été. Pourtant, pour tous les théâtreux, cela sent aussi la fin de la saison. Et à moins de participer à la grand-messe avignonnaise du mois de Juillet, il est urgent de se précipiter sur les derniers souffles du cru 2012/2013, sur les dernières répliques inattendues, sur les derniers craquements de planches, et sur les derniers postillons des comédiens. Oui, aimer le théâtre, c’est risqué.

Et cela l’est d’autant plus qu’en s’asseyant douillettement dans son fauteuil avant la dernière représentation de La maison d’os, il est bien difficile de savoir à quoi s’attendre. Même si cette pièce de Roland Dubillard a été produite pour la première fois en 1962, on comprend vite à travers la mise en scène qu’elle est pourtant bien actuelle.

Dans une maison gigantesque qui s’effrite de toute part évolue le maître, Pierre Richard,  entouré de quatre de ses valets. Entre fuites d’eau, poussière des murs qui se fissurent et bruits suspects, cet environnement sent la mort, et on fera rapidement le rapprochement avec ce vieil homme dont les énergies physique et psychique s’amenuisent. D’emblée donc, vous remarquerez que cette colocation est beaucoup moins stylée que la nôtre. Toute la pièce tourne autour des rapports qui existent entre les cinq personnages aux caractères bien marqués. D’un côté, les quatre valets évoluent dans un registre comique qui détonne au milieu de l’ambiance pesante imposée par les décors et le son. De l’autre, leur maître tente tant bien que mal de s’accrocher à ce qui lui reste de vie, à travers des souvenirs, des sursauts d’orgueil, mais s’enfonce malgré lui dans une solitude sans retour.

Crédit photo Victor Tonelli Tribes

Crédit photo Victor Tonelli Tribes

La performance de cette pièce réside très certainement dans le jeu des comédiens, qui est tout simplement irréprochable. On n’en attendait pas moins d’un Pierre Richard qui sait tout faire ou presque. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ce sont bien ses quatre compères qui font l’essentiel du spectacle, sans doute parce que leurs personnages aux tempéraments beaucoup moins froids donnent au spectateur l’envie de les voir blasphémer, débattre sur l’état de santé de Monsieur, ou sortir les confettis pour éloigner un peu l’épée de Damoclès qui flotte au dessus de cette maison lugubre. Le maître, enfermé dans un retour permanent sur soi qui le pousse à extérioriser un égoïsme tournant parfois au tragicomique, révèle bien un des maux de notre société, l’individualisme. Et si finalement, le fait de ne pas voir la tête d’affiche être le centre d’attention était une bonne surprise ?

On aimera le son qui nous réserve quelques sensations fortes. Et non, je ne parle pas de la sonnerie de téléphone au moment où Pierre Richard apparaît pour la première fois du spectacle. Parce que moi je dénonce, ne pas mettre son portable en vibreur c’est une chose, mais en plus avoir une sonnerie immonde, c’est du grand art ! Du côté du texte, on s’y perd parfois un peu en ne sachant plus très bien où l’on va, et on arrive à se raccrocher tant bien que mal au fil de l’histoire grâce à quelques moments clés. On aurait définitivement aimé en savoir plus sur la vie de ce maître qui reste un mystère du début à la fin, et qui a du mal à susciter la curiosité. Ce qui ressort de cette pièce dans les murmures des couloirs à la sortie du théâtre est un mélange d’étonnement et d’incompréhension. On sort d’une heure quarante cinq de jeu sans s’être ennuyé une minute avec pourtant un sentiment étrange d’inachevé. Dommage, car les comédiens méritaient mieux.

Crédit Photo Christophe Raynaud De Lage

Crédit Photo Christophe Raynaud De Lage

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