« Pikachu m’a tuer »: le jeu vidéo, coupable tout trouvé


 Par Soda&Gomorrhe

photoMes petits lapins,

Je viens d’apprendre que Clément Méric est mort à cause de la violence des jeux vidéo. Je ne veux pas m’étendre sur ce meurtre sordide, ni sur les bêtises ânonnées par les politiques à ce sujet, plus indécents et récupérateurs que jamais. Mais force est de constater qu’on a encore pointé du doigt les jeux vidéos dans cette affaire. Ainsi, m’écartant de cette tragédie que je n’aurais pas l’audace de commenter, je souhaite ici défendre le 10e art, ridiculement accusé d’être à la source de tous les problèmes d’aujourd’hui.

Le témoignage poignant de la copine de TheFridge, qui explique l’avoir vu ronger une manette, prostré sur lui-même en glapissant des propos incohérents sur Neymar et l’utilisation douteuse du poteau de corner, est-elle une preuve supplémentaire de l’extrême violence causée par les jeux vidéo ?

Les films, les séries télévisées, les mangas, les livres… comportent pour certains une grande part de violence. Même les JT télés diffusent les plus graves faits de violences humaines, ayant parfois des photos et des vidéos à l’appui. Alors pourquoi se focaliser sur les jeux vidéo à chaque violence adolescente ? Foxnews les a même accusé d’être responsables de l’augmentation du nombre de viols… Le jeu vidéo est donc encore pour une grande part de la société un grand méchant inconnu, qui doit forcément être responsable de tous les maux de la société

 

Pourtant il est clair que lire un livre sur le développement nucléaire des années 40 ne fait pas de vous un membre du projet Manhattan, tout comme appuyer sur A afin de faire exploser Megatown dans Fallout 3 ne fait pas de vous le pilote d’Enola Gay, causant en 1945 la mort de plus de 130 000 japonais… Bref, on ne devient pas plombier parce qu’on joue à Super Mario. Ni un grave drogué addict aux champignons. Encore moins un fétichiste de la moustache et de la salopette bleue… Alors pourquoi deviendrait-on soudainement un psychopathe prêt à exterminer ses proches après quelques heures de  jeu ? Sous le prétexte qu’on y agit ? Car si le jeu vidéo sollicite constamment les systèmes émotionnels et place en état d’alerte en utilisant des circuits psychologiques qui ne sont plus forcément réfléchis et où les actions deviennent automatiques, on ne peut qu’admettre que le joueur a au préalable admis que les normes qui régissent cet univers lui sont propres, l’action ne pouvant donc s’appliquer qu’en son sein.

Cette action est peut-être même salvatrice. En effet, le jeu vidéo ne rompt-il pas au contraire la passivité souvent abrutissante qu’il existe entre le spectateur et l’écran, témoin passif peu impliqué et donc peu concerné ? En lui permettant d’agir, on donne au joueur la capacité de s’investir et d’orienter ce monde selon ses propres désirs,  sa propre conscience, entraînant une réflexion sur ce qu’entraînera chacun de ses actes. Je me répète, mes petits lapins, mais plaider ici la confusion par les joueurs du monde réel avec celui des jeux vidéo et la banalisation de la violence engendrée revient à dénoncer la lecture de la scène du meurtre à coups de hache d’Aliona Ivanovna et de sa soeur par Raskolnikov, qui serait donc, il faut bien l’avouer, responsable du génocide Tutsi, les Hutus ayant sans nul doute passé trop de temps à lire Dostoievski en affutant leurs machettes, finissant pas tout confondre. Oui, moi aussi je pourrais travailler à Foxnews.

une-manette-qui-baigne-dans-du-sang

Ici, je précise qu’il existe plusieurs genre de jeux vidéo, certains étant magnifiques et apportant une expérience vidéoludique riche, d’autres n’étant que des jeux bourrins stupides et aussi abrutissant qu’une lobotomie devant NRJ 12. Mais même pour ces derniers, dans la catégorie violente, sont-ils dangereux ? Aucune étude n’a démontré un lien entre un jeu vidéo violent et l’agressivité du joueur dans le monde réel.

La revue General Psychology de l’association américaine de psychologie a publié plusieurs études sur le fait que les jeux vidéo, même violents, sont inoffensifs pour les enfants. Le jeu peut même être un révélateur de quelque chose qui ne va pas au préalable, plutôt qu’être un développeur de psychopathe. De plus, tous les jeux vidéo sont annotés d’une recommandation d’âge limite afin de ne pas heurter les plus jeunes… Alors que les médias continuent de focaliser leur attention sur leur effet supposé sur la violence des jeunes « dans la vie réelle », les études qui démontrent un impact positif des jeux vidéo sont de plus en plus nombreuses. Sans tomber de la complexe question du développement de la conscience, on sait que les jeux améliorent la dextérité et qu’ils permettent aux joueurs de montrer qu’ils en ont autrement qu’en se tapant dessus en vrai, l’univers virtuel devenant un lieu d’affrontement qui canalise certaines pulsions plutôt que de les exacerber.

Mais surtout, le jeu vidéo peut aussi être un lieu intime où l’on peut progresser, voire s’émanciper dans un univers, qui est certes restreint par les normes qui le régissent. Il peut être un support de partage entre joueurs, qui échangent sur leurs différentes expériences, leurs ressentis, leurs désirs quant aux possibilités qui devraient être offertes dans cet univers qui ne cesse de s’enrichir en marge des superproductions sans saveur.  Une communion intellectuelle à travers ces expériences n’est pas une possibilité à écarter, pouvant donner naissance à des amitiés plutôt qu’engendrer des comportements violents.

« Non, le jeu vidéo n’est pas le dernier wagon débile du grand train de la culture. Il y a autant d’expériences video ludiques possibles qu’il existe de rencontres entre les joueurs et les jeux, c’est-à-dire une infinité. » 3615 Usul.

Prétendre saisir d’un simple regard toutes ces expériences vidéoludiques et les réduire à un danger pour la société est d’une bêtise sans nom.

4 réponses à “« Pikachu m’a tuer »: le jeu vidéo, coupable tout trouvé

  1. Mon « boss », Serge Tisseron, un psychologue émérite, chez qui je travaille durement afin de payer le loyer exorbitant de notre appart, ne serait pas vraiment avec toi… de nombreuses publications à son actif, mais il faut évidemment des yeux neufs pour revisiter tout cela !

  2. Son livre « qui a peur des jeux vidéo » semble pourtant indiquer le contraire. Le jeu vidéo ne transforme pas un enfant en tueur, même si la banalisation de la violence réalisée par certains jeux peut être dangereuse pour des personnes étant déjà au préalable bien dérangées…
    Mais parler à 65 ans de l’impact des jeux vidéo me semble relativement douteux de toute façon : je l’imagine mal passer des heures devant Skyrim pour en éprouver les effets, ni même comprendre cet univers d’une autre façon que théorique et donc de manière incomplète.
    Et concernant le loyer de l’appart, je te rappelle que tu n’as pas participé à la dernière facture d’électricité et il est hors de question qu’on nous coupe le courant, me privant ainsi de mes nombreuses heures de joie devant L.A Noire.😉

  3. Chez lui, il y a la théorie. Et la pratique^^
    Mais si, comme ça, tout le monde sera couché à 22h et je pourai ENFIN rattraper toutes ses heures de sommeil perdues à cause de vos bruits assourdissants.

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