Avec Jacques Demy, on ne fait pas les choses à moitié


Par Schmilblicq

expo jacques Demy

 

C’est le monde enchanté de Jacques Demy qui nous est actuellement proposé rue de Bercy jusqu’au 4 août ! On y retrouve un parcours chrono-thématique classique, accompagné d’une muséographie haute en couleur. On commence par un couloir qui reproduit le passage Pommeray de Nantes, où Jacques Demy (1931 – 1990) a vécu à ses débuts, peuplé des personnages de ses films : de quoi commencer un voyage magique au pays de Demy. Nous débouchons alors sur une première salle qui regroupe à la fois ses influences (Jean Cocteau, Paul Grimault, Georges Rouquier), ses débuts dans le documentaire et l’écriture de scénario. La suite mêle à la fois costumes, projections, photos de tournages, scénarios etc, des supports très variés qui permettent d’illustrer, chacun à leur manière, la personnalité du réalisateur et de ses créations, son univers et sa technique. L’accrochage est assez chargé ; on a parfois l’impression d’une superposition sans réflexion. Mais le but de cette exposition n’est pas d’en donner une biographie complète, comme celles que l’on explore au Grand Palais, avec des panoplies de dates, et des détails sur chaque période de l’artiste. Ici, on s’immerge dans l’univers de Jacques Demy, en regardant des photos d’Agnès Varda, accrochées sur le même papier peint que celui des clichés, ou en parcourant des pseudo-décors des Demoiselles de Rochefort ou de Peau d’Âne. Parfois, on s’arrête sur un film ou une scène précise, à commencer par Les parapluies de Cherbourg bien sûr, Palme d’or 1964, dont le célèbre bibelot est exposé en milieu de vitrine. Petite pose américaine avec Harrison Ford venu nous parler de Jacques Demy à Los Angeles en 1966, envisagé pour Model Shop. Curieux de se trouver projeter dans l’univers de Peau d’Âne, du Joueur de flûte ou de Lady Oscar après cela. On en termine avec une synthèse de tout cela, à travers ses derniers films tels que Une chambre en ville (1982), Parking (1985), Trois places pour le 26 (1988).

 

ENCHANTE !

Jacques Demy est évidemment LE réalisateur des comédies musicales françaises, car, qui dit Demy, dit aussi la chanson des soeurs jumelles, la Peau d’Âne de notre enfance, et des couleurs dans tous les sens. C’est donc d’abord une exposition chantée et « contée » qui vous attend, avec des projections dans chaque espace. Le seul petit inconvénient se trouve au niveau de la sonorisation générale, trop faible ou trop forte, accompagnée de la qualité, due à l’âge, de certaines vidéos. Les cimaises n’atteignent pas le plafond, et si, au détour d’une salle vous croisez une famille avec des enfants, malheur à vous ! Car vous n’entendrez pas les réponses de Jacques Demy ou de Catherine Deneuve (ni même les questions d’ailleurs) accompagnant les images des interviews d’époque.

Ces extraits complétés par les photos de tournages deviennent encore plus réels lorsque vous vous présentez devant les robes de Peau d’Âne – la bête comprise. Une muséographie enchantée sert donc la mise en abîme d’un univers en-chanté qui gagnera le coeur des plus petits comme des plus grands. Pour vous convaincre, citons Demy lui-même :

« J’ai essayé de réaliser Peau d’Âne exactement comme je l’imaginais [petit], et je voudrais qu’après avoir vu le film, les enfants puissent rêver à leur aise ».

Enchanté, donc, oui, mais jusqu’à quel point ? Car dans la dernière salle, les oeuvres en-chantés nous paraissent quelque peu… désenchantés.

 

LECON D’HISTOIRE DE L’ART

Une louche de Nouvelle Vague, une pincée d’âme d’enfant, et une berceuse de Michel Legrand : vous obtenez alors un Demy écrémé, un Demy de mêlée, et surtout, un Demy entier (comme quoi, la culture et les maths …). C’est un mélange savoureux de ce que le cinéma français a pu faire de meilleur, et qui ne s’en tient pas qu’au septième art. On en trouve d’ailleurs une illustration flagrante dans l’exposition, avec un espace consacré uniquement à cette scène des Demoiselles de Rochefort (1967) :

Dans la galerie de Guillaume Lancien on peut y retrouver Calder, et des évocations de Vasarely, ou encore Yves Klein, des indices sur les oeuvres du réalisateur qui pourraient longuement être développés. Disons simplement que chez Jacques Demy, on est comme à l’intérieur d’un Matisse ou d’un Miró qui chante. La muséographie en devient presque irréprochable.

 

 

OH LES FILLES, OH LES FILLES !

Pour finir en beauté, parlons filles ! (Ce qui devrait plaire à Soda&Gomorrhe) Parce que Jacques Demy, derrière sa caméra, y met les formes, dans tous les sens du terme. Des histoires d’amour, des contes de fées, des émotions chantées : en veux-tu en voilà ! (oui, encore une histoire de princesse en détresse tout ça …). Mais ce cinéma ne fait pas de ces « histoires de filles » une niaiserie comme on en trouve aujourd’hui ! Les personnages féminins y sont intelligents, pleins de ressources, et surtout, très encrés dans la réalité. Pour cela, Jacques Demy a choisis ses perles rares. A tel point que François Ozon reprend Catherine Deneuve dans sa comédie musicale 8 femmes en 2001. Pour mieux comprendre tous les liens, la cinémathèque propose un programme complet de diffusions de François Truffaut à Agnès Varda en passant par les bonnes comédies musicales anglaises. Par ailleurs, les costumes montrent ô combien les femmes sont mises en valeur dans les scénarios (aucun costume masculin…).

Tous les renseignements sur et autour de l’exposition : ICI 

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