Spring Breakers: vous n’auriez pas dû vous limiter à l’affiche !


Co-prod SodaetGomorrhe et Cinéfils

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Spring Breakers est l’histoire de quatre jeunes filles qui partent en vacances de pré-examens  hors de la puritaine Amérique (la seule, la vraie, God bless America and no place else). Une fois arrivées sur les plages paradisiaques, les fêtes s’enchaînent tandis que les éphèbes et les nymphettes font exactement le contraire. C’est la fête. Wééé… Et on peut même boire de l’alcool avant 21 ans ! Délire total quoi… Wééé…. Mais la fête cesse lorsque la police arrive et envoie ces jeunes filles quelques jours en prison, parce que la drogue, c’est mal. Surgit alors un drôle de gangsta qui les sort de prison et leur promet l’aventure. On suit leurs péripéties et on s’en amuse durant un temps … puis on s’ennuie de ce scénario simpliste et on cherche à dépasser une lecture réductrice. Ainsi doit-on incessamment cesser de considérer cette oeuvre telle une trop simple satire sociale de petites polissonnes en string où ça tire, l’ensemble étant censé attirer les satyres ? Oui mes petits lapins, j’ai fait une allitération en « t » et en « s » car je vous sens sceptiques, entendant déjà vos « tsss! » méprisants et imaginant lever les yeux au ciel. Et c’était un peu trop difficile de faire une allitération basée sur le bruit des yeux qui se lèvent au ciel.

Donc, entendons-nous bien: Spring Breakers n’est aucunement une critique acerbe de l’hédonisme capitalistique de nos douces sociétés. Spring Breakers, c’est avant tout une mise à mort du récit cinématographique, un éclatement de la narration au cœur dune défonce visuelle et sonore des plus contradictoires. Car la temporalité n’est pas le souci du réalisateur Harmony Korine, le film s’évertuant à nous balader dans un trip fondé sur des leitmotiv (« Spring break foreveeeeerrrr…», son d’un flingue qu’on recharge) et des réminiscences obsédantes comme pour nous rappeler que l’expérience sensorielle prévaut ici sur l’histoire. Korine orchestre savamment une succession de contrepoints ironiques en prenant pour cible la vacuité des cinq personnages principaux : quatre américaines encore trop jeunes pour boire légalement sur le sol US et un gangsta blanc parodique et désenchanté.

Le début d’un bon porno un peu trash, nous diriez-vous… Quoiqu’on pourrait s’attarder sur ces personnages, cherchant à combler leur vide intérieur par une pseudo recherche spirituelle, par la débauche et la fête, par le pouvoir sur l’autre ou par l’accumulation de biens matériels, nous avons préféré mettre une photo flattant vos bas instincts. Oui, il s’agit bien de produits Disney. Et avouez-le, vous avez regardé la photo avant de lire cette ligne.

 

Spring Breakers s’organise donc autour de personnages peu crédibles, fantoches archétypaux qui nourrissent un récit sans épaisseur : gangsta noir affronte gangsta blanc pour un territoire sans âme, étudiants défoncés ne révèlent que leur capacité à remuer du bassin la gorge ouverte et le nez blanchi. Mais Korine sait une fois de plus filmer l’espace américain et offrir un contrepoint à la société marchande (« This is the american dream man ») que le récit paraît mettre en avant. Derrière les effets pop surabondants, alors que linanité du récit comme des personnages semblent nous promettre un délire réactionnaire et consumériste, on en ressort au contraire galvanisé. La fuite en avant désespérée de ces pauvrettes se casse la gueule sur le bord de leurs fantasmes.

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Alors, conclusion… film génial ou nanar ? Korine nous donne ici une belle leçon d’Illusionniste. Ce film réclame à son spectateur une prise de distance sur le statut des images véhiculées, flirtant constamment avec un esthétisme publicitaire, donnant à éprouver au spectateur un sentiment mitigé, à la limite du malaise. Il se pourrait même que l’avant-gardisme et la détresse anciennement cocaïnée du réalisateur aient abouti à une forme synthétique et mature d’un exutoire critique des images contemporaines (clip, vidéos de portable, flux et reflux). Certains moments de calme demeurent, permettant d’insérer des séquences assez surprenantes, notamment la scène où James Franco révèle son côté sensible, à la fois artiste délicat et homme de goût. Qui n’a jamais rêvé de voir un bel homme bien fait jouer et chanter magnifiquement du piano rien que pour nous, devant un magnifique soleil couchant ? Et c’est là qu’il choisit de jouer du Britney Spears. Non. Ce n’est pas une blague, mes petits lapins, les filles se mettent même à chanter avec lui, conquises. C’est beau comme une double anal: manque de culture, sensibilité et travail de groupe sont au rendez-vous.

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Plus sérieusement, on peut y lire un témoignage sur la médiocrité culturelle et sentimentale de ces jeunes filles qui ne perçoivent que les aspects les plus primaires de la beauté et de l’intelligence du monde. Elles cherchent alors à compenser comme elles le peuvent. Consommation, existence par le regard de l’autre, recherche de l’interdit, de l’action, de la domination sur l’autre…

Spring Breakers, ode à dépasser une vaine recherche d’existence passant uniquement par ses sens les plus primaires ? Ce serait tomber dans la morale… Exercice d’illusionniste réussi, avec plein de détails techniques que j’omets car personne n’y comprend véritablement grand-chose dans la coloc (moi le premier) ? Ce serait tomber dans l’esthétisme de l’image (quelle horreur). En tout cas ce film questionne, amuse et ne laisse pas indifférent quiconque arrive à utiliser son cerveau devant tant de fessiers et seins fantasmagoriques. Dur.

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