Bibliothèque: Blacksad, le 9ème art en miaule de plaisir


Par Soda&Gomorrhe

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Mes petits chatons, il est vrai qu’aujourd’hui je commence par un pléonasme (non, mademoiselle, le pléonasme n’est pas une race de chat). Mais pourquoi donc vous dénomme-je « chatons » ? J’assimile vos merveilleuses frimousses bordées de moustaches (oui, mademoiselle, vous aussi) à ce noble félin domestique qu’est le chat pour une bonne raison. En effet, je viens vous parler d’une œuvre magistrale de la bande-dessinée pour adultes. (Non, mademoiselle, ne rougissez pas, ce n’est pas ce que vous croyez, ça parle d’un chat. Au masculin).

Je m’explique: récemment, Aurélie Filippetti a cru bon de s’exprimer sur la bande-dessinée. Bien que partant sans doute d’un bon sentiment, j’ai reçu ses propos tel un vilain coup de griffe, ses dires pouvant se résumer à: « c’est mignon les dessins, il y a des jolies couleurs et surtout ça fait lire les enfants ». (Non, mademoiselle, Aurélie Filippetti n’est pas une ancienne Spice Girls). Je sors de ma torpeur pour répondre avec humeur. Il ne faut pourtant pas réveiller le chat qui dort ! Je me lève ainsi à potron-minet, me fais une toilette de chat et m’élève contre ces dires, que j’ai pris comme une attaque personnelle. Vous pensez qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat ? Et bien si, car en tenant de tels propos, vous vous faites l’ennemi du neuvième art. Car appelons un chat un chat: vous êtes une néophyte dans ce domaine et ouvrez votre bouche un peu trop grand pour me traiter de petit. Mais à bon chat bon rat, très chère Filippetti, me voici ! Bon, j’arrête avec ces expressions de chat, car j’écris alors comme un chat et cet article devient trop bordélique, une chatte n’y retrouverait pas ses petits… (Non, mademoiselle, j’arrête, je vous dis: chat suffit). Bref, je retombe sur mes pattes pour faire l’apologie d’une bande-dessinée où le traitement de la couleur n’est pas là uniquement afin de provoquer une crise d’épilepsie aux enfants, qui se place dans un riche cadre historique qu’il respecte totalement et qui soulève plusieurs thématiques profondes. Il s’agit de Blacksad.

photo-1Dans un univers zoomorphe, un inspecteur désabusé est plongé dans de multiples enquêtes qui se déroulent dans le milieu intellectuel, artistique ou socialement engagé aux États-Unis durant les années 50. Cet inspecteur aux traits félins se retrouve donc dans un univers ou les races, les origines sociales et les idées politiques divisent les Hommes, devenant de véritables bêtes sauvages cherchant à se dévorer les unes les autres. Le thème du racisme est abordé de manière fine, tant du côté noir que du côté blanc, tout comme celui de la conscience morale, de la recherche artistique, du pouvoir qu’on a sur l’autre, des rapports sociaux et de l’idéologie politique. Le genre policier est respecté, tout comme le lecteur, à qui on propose une œuvre soignée et complexe. Quoi de mieux qu’un univers zoomorphe pour mieux tenter de saisir la condition humaine ?

photo« Parfois, quand j’entre dans mon bureau, j’ai l’impression de marcher dans les ruines d’une ancienne civilisation. Non à cause du désordre qu’il y règne, mais parce que certainement cela ressemble aux vestiges de l’être civilisé que j’étais. »

La puissance de cette œuvre réside ainsi dans l’écrit, pensé par Díaz Canales. L’histoire est bien rythmée et alterne des dialogues subtils, des moments d’action pure et des instants de répit où l’on partage les réflexions du héros, qui se noie dans des flots de cynisme. (Non mademoiselle, ne soyez pas triste: il a neuf vies). 

« Sartre affirme que l’Enfer, c’est les autres. Je veux bien admettre que les autres peuvent nous rendre la vie insupportable, mais ils peuvent aussi être nos compagnons de Paradis. Pour moi, l’Enfer c’est le néant, un endroit sans mes amis, sans musique, sans paroles qui stimulent l’imagination, sans beauté qui exalte les sens. » Blacksad.

Le dessin est quant à lui un bijou. Guarnido est un génie du crayon qui vit en Espagne mais illumine le monde entier par son tracé artistique. (Non, mademoiselle, les génies ne vivent pas tous dans des lampes). Le trait est sublime, les angles sont audacieux, le dessin est dynamique, le travail sur la couleur est fantastique, le deuxième album, traitant du racisme, étant d’ailleurs axé sur un travail en noir et blanc. Que dire de plus ? Les détails sont là, l’aspect rétro est bien exploité par le traitement des vêtements, les regards sont puissants, le style est fort et le tout forme un univers sombre et poignant qui dépeint une Amérique dure mais riche, sans jamais sombrer dans le sordide. Dessin magnifique, scénario intelligent, univers riche…et il y a un chat en costard comme héros. Que vous faut-il d’autre ? Plus sérieusement, ruez-vous à la librairie, les amis, je vous promets que vous ronronnerez de plaisir.


Ci-dessus, le chat plongé dans le courant d’une onde impure.

Il y a eu de l’eau dans le gaz, le voici en mauvaise posture.

Il baigne dans une vraie Badoit.

Et le chat n’aime pas ça.

Car dans l’eau, minet râle.

(Ne partez pas, mademoiselle: je vous parle !)

photo-2Scénariste: Díaz Canales.

Dessinateur: Guarnido.

Éditeur: Dargaud.

Prix: 13,95€.

Tome 1: Quelque part entre les ombres. 2000.

Tome 2: Arctic-nation. 2003.

Tome 3: Âme rouge. 2005.

Tome 4: L’Enfer, le silence. 2010.

6 réponses à “Bibliothèque: Blacksad, le 9ème art en miaule de plaisir

  1. Il faudra qu’on fasse un échange miaulique S&G : tu me prêtes Blacksad et je te prête le Chat du Rabbin de Sfar. Miaulement de rire assuré !

  2. LCR, Mille merci, à faire à l’occasion, mais méfie-toi: une seule trace de griffe sur mes bd et je sors les miennes ! Et pire encore si je retrouve une boule de poils en travers des pages !

    L’auteur décline toute responsabilité quant à la mise en page…

  3. Rien, très chère proprio. Tu es belle et sens bon la vanille, d’ailleurs.
    Juste un tout petit détail: mon « ci-dessus, le chat plongé dans le courant d’une onde impure » ne veut plus rien dire car tu as placé la photo en dessous. Rien qu’un « o » ne puisse résoudre, saupoudré d’un peu de mauvaise foi…

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