Quelques minutes de cinéma


Par Les Clefs Relle

Pour la énième fois, l’humanité a survécu à la fin du monde, et s’engage avec joie pour une nouvelle année pleine de curiosités et d’innovations culturelles.

Peut-être que certains d’entre vous ont eu la chance de participer à la deuxième édition de la fête du court métrage de ce 21 décembre 2012 (qui aurait été un beau final à l’existence de ce monde), et de faire le plein de ces merveilles cinématographiques de quelques minutes. Comme le genre littéraire de la nouvelle, le court métrage souffre difficilement l’imperfection, la chute ratée ou encore un début un peu lent, son format l’obligeant à être dès la première minute irréprochable.

Pour ceux qui auraient raté ce festival (et les autres), j’ai sélectionné quatre court-métrages qui m’enchantent et que je revois toujours avec le même plaisir. Pour vous faciliter la tâche et vous épargner la perspective d’une recherche google qui ruinerait votre curiosité  au lieu de l’attiser, je vous ai mis le lien du court-métrage à chaque fin de paragraphe.

Le premier est d’Olivier Treiner et a été primé en 2012 par le César du Meilleur court-métrage. En effet l’Accordeur est une réussite et nous livre ce qu’on appelle « une chute » dans toute sa splendeur. Et pourtant, le court-métrage n’a pas vraiment de fin. Mais ce n’est pas son seul mérite. Ce court-métrage souligne aussi avec beaucoup de justesse certains comportements humains, comme par exemple les stratégies de survie des individus face à un échec, qui sont parfois pris pour de la folie par autrui. Les idées préconçues, la pitié devant le handicap ou encore la pudeur qui tombe devant la vulnérabilité qu’on croit voir chez l’autre sont également très justement décrits. Je ne vous dévoile rien de plus !

L’Accordeur, d’Olivier Treiner 2010 :

Vidéo

Suiker de Jeroen Annokkee relève d’un genre tout autre. Dans la veine des Idées noires de Franquin ou plus largement de Fluide glacial, la banale histoire d’un jeune homme intéressé par sa voisine du dessous nous est racontée, à rebours pour mieux attiser l’incompréhension et la curiosité du spectateur. La bande originale reflète parfaitement le mélange des genres de ce court métrage, entre les cordes glaçantes du suspense et les percussions à consonance hispanophone de l’humour noir et joyeux. Plus c’est horrible, plus on rit des conséquences involontaires de la bonne volonté de ce pauvre garçon. L’enchaînement est parfait, et la boucle est bouclée sans anicroche. Du moins en ce qui concerne la trame de l’histoire…

Suiker, de Jeroen Annokee 2010 :

Le troisième court-métrage est pour moi comparable à un bonbon : il se mange sans faim et uniquement pour le plaisir ! Foutaises, de Jean-Pierre Jeunet débute sur un étale de boucher, prétexte improbable pour permettre à notre protagoniste Dominique Pinon de nous livrer une liste non exhaustive de ce qu’il aime, et de ce qu’il n’aime pas. C’est un retour en enfance qui s’opère ici, accompagné du visage irrésistiblement expressif de l’acteur et d’illustrations très imagées de ce qu’il aime et de ce qu’il n’aime pas. La courbe rythmique du court-métrage transforme ces 7 minutes de film en une poignée de secondes d’enfance où aucun parent n’est là pour censurer les envies enfantines, de fait toutes permises.

Foutaises, de Jean-Pierre Jeunet 1989 :

Enfin, je vous parlerai d’un court-métrage d’animation réalisé par une technique peu répandue : le Nez d’Alexandre Alexeïeff, 1963.  Ce dernier est l’inventeur, avec Claire Parker, de l’écran d’épingle, procédé permettant d’animer une image avec un rendu proche de la gravure. L’image est créée par une variation de l’enfoncement des épingles et par la suite de leur ombre projetée sur un écran. Alexeïeff adapte la nouvelle du même nom de Gogol, et réussit assez bien à retranscrire le fantastique de l’auteur russe. C’est bien un fantastique comme Todorov le définit : jusqu’au bout le doute persiste sur l’explication rationnelle (le rêve, l’hallucination) ou irrationnelle de ce nez qui s’échappe du visage de son propriétaire.

Le Nez, d’Alexandre Alexeïeff 1963 :

Une bonne année à tous, et comme dirait Arte (rare chaîne télé à proposer des courts-métrages, mais bien évidemment à des heures indues) « vivons curieux » !

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