Les Ateliers de Rennes: déception


Par Flocons

les ateliers de Rennes

Après les biennales de l’été, voilà les biennales d’automne. Comme il se doit, je me suis rendue à Rennes pour aller voir la troisième édition des « Ateliers – biennale d’art contemporain de Rennes ».

Le principe de cette toute jeune biennale est de changer d’équipe toutes les deux éditions. C’est la seule biennale en France qui est financée par un mécène privé, en l’occurrence le groupe Norac qui a décidé de promouvoir l’art contemporain en 2006 par l’intermédiaire d’un événement bien particulier. Le groupe a lancé un concours pour sélectionner le premier commissaire pour deux ans et son équipe. C’est aussi une première en France de sélectionner par concours les commissaires. Habituellement, comme pour la biennale de Lyon, ils sont invités. Raphaëlle Jeune était donc la commissaire des deux premières éditions. Cette année, c’est Anne Bonnin et l’association Lucidar qui prennent le relais pour le commissariat.

L’autre particularité des Ateliers est aussi de proposer une mise en relation entre l’art et l’économie sous forme, notamment lors de la précédente édition, de séminaires d’artistes dans des entreprises. Cette année, en s’interrogeant sur le sens du mot entreprise et atelier, Anne Bonnin a voulu focaliser son regard sur l’image du pionnier : la figure du pionnier dans l’histoire, le pionnier comme découvreur et défricheur ainsi que le pionnier comme aventurier et conquérant de territoires. Beau thème qui promet bien des choses.

Mais…cela ne prend pas. Les œuvres ne sont pas très intéressantes, trop conceptuelles et bien trop abstraites. Aucun côté esthétique, ce qui peut se révéler être un problème pour une manifestation artistique. Les deux lieux principaux de la biennale sont le New Way Mabilais, bâtiment des années 70 construit par Louis Arretche et ancien siège de France Télécom en pleine réhabilitation ainsi que le nouveau bâtiment du FRAC (Fonds Régional d’Art Contemporain) de Bretagne. Le premier est encore en pleins travaux et pas l’idéal pour présenter des œuvres. Le deuxième en revanche est un joyau d’architecture et donne une raison de visiter la biennale.

Citons cependant quelques artistes qui vaudraient le coup d’œil :

  • Gilles Aillaud, peintre appartenant au mouvement de la Figuration Narrative et de la Nouvelle Figuration dans les années 70 en France dont la présence permet d’enfin voir quelques peintures bien venues.
  • Bisan Hussam Abu-Eisheh, artiste palestinien qui présente toute une série hétéroclite d’objets dans des vitrines. Ces objets ont été collectés parmi les décombres des maisons détruites par le gouvernement israélien dans un quartier palestinien de Jérusalem. Frappant!
  • Vincent-Victor Jouffe :  cet ancien élève des Beaux-Arts de Paris s’est rapidement tourné vers la photo. En s’installant à Saint-Méloir-des-Bois, dans les Côtes d’Armor (en Bretagne), il a collecté des centaines d’images des comices agricoles qui ont lieu chaque année, gros rassemblement de tous les éleveurs et paysans du coin. Il a filmé les rites et les différentes étapes de la journée par ses photos. En prime, des images datant des années 1950 du village de Plélan-le-Petit où votre flocon a passé son enfance!
  • Batia Suter : l’artiste collectionne, compile et reproduit des milliers d’images depuis les années 90. Elle présente toutes ces images en noir et blanc ensuite sur un mur. Elle les choisit en fonction de leur ressemblance morphologique ou tout simplement de la similarité de leur technique. On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec le couple des Becher qui répertoriaient tous les anciens sites industriels quand on voit sa série des Toits.
  • Marie Voignier : la jeune artiste présente pour la biennale un film, toujours entre fiction et documentaire, sur un terrain en vue d’être construit. Elle s’intéresse aux différentes façons d’aborder un espace sur lequel on envisage des constructions. Pour cela, elle interroge un géomètre, un urbaniste ainsi qu’un paysagiste qui expriment tout à tour leur vision et expliquent leur pratique. Elle s’est inspirée des documentaires sur l’architecture qu’Éric Rohmer a réalisés avec Jean-Paul Pigeat pour la télévision dans les années 70. On peut d’ailleurs voir ces documentaires au FRAC Bretagne.

Une exposition qui s’avère beaucoup trop basée sur l’art conceptuel même si quelques petits bijoux sortent du lot. Un système de médiation très bien fait est cependant mis en place et je pense qu’il est en effet nécessaire pour explorer toutes les strates et couches de compréhension mises en avant par la commissaire.

Les Ateliers – biennale d’art contemporain de Rennes: http://www.lesateliersderennes.fr/

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