Chypre ou le colonialisme artistique


 Par Schmilblicq

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Pour faire entrer un peu de soleil dans l’appart’, rien de mieux que de refaire la déco ! En ce moment, la meilleure boutique en matière de peinture se trouve évidemment au Louvre. Nous nous serions bien laissés tenter par une jolie toile de Raphaël, mais ses prix on légèrement augmenter au cours des derniers siècles… Il nous a donc fallu grimper un escalier de plus pour trouver de quoi illuminer notre journée (et notre appart’, surtout !).

Les œuvres d’art nous accueillent elles-mêmes à l’entrée de l’exposition : une Vierge à l’enfant, est reproduite à la manière d’un tympan peint au-dessus de la porte d’une église. Cette surprise peut en annoncer d’autres, dans cet espace d’expositions temporaires à la muséographie assez invariable. C’est le cas des deux premières salles, où nous sommes, d’une part satisfait du texte historique clair et synthétique, mais également réjouit de voir qu’une certaine harmonie règne dans la disposition des œuvres. Même l’architecture est omniprésente via des vidéos et des décors peints en filigrane sur les cimaises. Malheureusement, le parcours devient de plus en plus décevant : les objets sont comme placés les uns à la suite des autres, sans autre point commun que la période chronologique dans laquelle ils sont bien sagement rangés. La dernière salle fait cohabiter des plans urbains, des icônes religieuses, un trésor d’argenterie profane et un portrait d’inspiration vénitienne.

Chypre2La muséographie est doublement bancale, car, contrairement à ce qu’annonce le titre de l’exposition, aucune comparaison n’est établie avec des œuvres byzantines ou occidentales contemporaines. L’exposition sous-entend que le visiteur connaît les arts de la Méditerranée, et qu’il est capable d’en reconnaître les influences sur les oeuvres. D’ailleurs, Chypre est bien présentée à l’entrée, mais elle n’est pas replacée dans un contexte méditerranéen, qu’il soit géographique, politique ou même artistique. C’est très dommage, car c’est la première chose à laquelle on s’attend. Le public non-initié ne retient rien en sortant, si ce n’est des bouts de vestiges apparentés à l’Antiquité et de grandes images dorées. Avec cet accrochage, il est difficile d’imaginer la place et le rôle des icônes dans leur contexte d’origine, alors que l’espace d’exposition, comme c’est le cas dans les premières salles, s’accorde tout à fait avec l’imitation d’un intérieur d’église. Il pourrait être intéressant d’exposer les œuvres du profane vers le sacré en se servant de l’espace comme des travées d’une église. Cela exclurait totalement un parcours chronologique, mais permettrait de créer une approche des œuvres plus vivante.

Outre l’absence totale de point de comparaison, il me semble aberrant d’ouvrir des manuscrits copte, syriaque, grec, latin et arabe à une page donnée, de les exposer les uns à la suite des autres dans une même vitrine, et de ne préciser ni la traduction, ni le thème, ni même le titre du chapitre… Certes, on comprend la particularité linguistique de Chypre et son rôle de plaque tournante, mais c’est tout juste si on réalise à quelle langue on a affaire. Dans ce  même ordre d’idée, on peut s’attarder sur les plats du trésor d’argenterie de la première salle. L’iconographie relative à David est très bien présentée, mais il n’est pas précisé qu’il manque une partie de la vaisselle, conservée au musée de … La disposition ne correspond absolument pas à la problématique principale de ce trésor d’apparat : un accrochage circulaire des plats autour du plus grand, selon des correspondances iconographiques. C’est une lacune regrettable à propos de l’étude et la compréhension de ces objets en particulier, mais sans conséquence sur leur insertion dans l’exposition.

Je ne fustigerai pas davantage les points décevants de cette exposition, car le commissaire, Jannic Durand n’en demeure pas moins une référence en matière de Moyen Age et d’arts byzantins. Leur éclairage me permet d’aborder la raison de cet événement, en l’honneur de la présidence de Chypre à l’Union européenne : légitimer cette île européenne, divisée entre Turcs et Grecs, par le biais artistique. Les enluminures nous rappellent notre Moyen Age, nous découvrons que le gothique est allé jusqu’à elle, et enfin, comme exposée à la place d’honneur au centre de la dernière salle, une référence à la Renaissance européenne. Les pièces de céramique nous parlent bien de son lien avec Constantinople, mais sans le rapprocher à l’art islamique. Autre détail à ne pas manquer : le texte est traditionnellement écrit en français, en anglais, mais aussi… en grec ! Pas en Turcs, en Grec. En lisant attentivement les cartels, on peut aussi se rendre compte que les œuvres conserver à Chypre viennent du côté grec de l’île. Voilà pourquoi je trouve cette exposition particulièrement intéressante : la muséographie répond très implicitement à une donnée d’actualité, et ses défauts portent surtout sur ce que je me plais à nommer (avec humour évidemment) un « colonialisme artistique », qui nous est démontré ici du IVe au XVIe siècle.

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Exposition Chypre entre Byzance et Occident, IVe – XVIe siècle,

Jusqu’au 28 janvier 2013 au musée du Louvre, aile Richelieu, avec le billet d’entrée au musée : 11€

Exposition autour de la présidence de Chypre à l’Union Européenne :

http://www.cy2012.eu/fr/page/culture-and-the-presidency

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