Un Chapeau de paille d’Italie, ou la Comédie comme on l’aime


 Par Védamalady

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Après un mois pour ma part assez riche théâtralement parlant (Festen… la suite au Théâtre du Rond-Point, Dom Juan et Du côté de chez Proust à la Comédie-Française), mais aussi malheureusement assez décevant, voire mauvais (à tel point que je n’ai pas eu envie d’écrire dessus), j’ai du mal à contenir mon enthousiasme devant Un Chapeau de paille d’Italie, pièce de Labiche mise en scène par Giorgio Barberio Corsetti à la Comédie-Française. Lecteur, si tu n’aimes pas les jugements monolithiques et les éloges dithyrambiques, je te conseille de passer ton chemin, car je crierai sans retenue aucune au génie, tant Corsetti a réussi à faire d’un vaudeville somme toute assez classique un moment de pur bonheur pour le spectateur et un grand moment de théâtre tout court. On renoue ici avec le spectaculaire (dans toute la noblesse du terme) de la Comédie-Française, celui qui m’avait déjà tant éblouie dans le Cyrano ou le Fantasio de Podalydès et Les Joyeuses Commères de Windsor de Limá.

Mais d’abord un petit mot sur l’histoire : Fadinard (Pierre Niney) doit se marier avec Hélène, la fille Nonancourt (Adeline d’Hermy). Mais le jour de sa noce, son cheval mange le chapeau de paille de Mme Beauperthuis (Véronique Vella), alors en promenade avec son militaire d’amant (Laurent Natrella). Le mari de cette dernière (joué par Jérôme Pouly le jour où j’ai vu la pièce) étant très jaloux, et risquant de voir d’un mauvais œil la disparition du chapeau, Fadinard se voit obligé le jour de sa noce d’aller retrouver exactement le même chapeau, tâche qui s’avère plus ardue que prévu puisque celui-ci vient d’Italie et que toute la noce, dont le très encombrant beau-père Nonancourt (Christian Hecq), est sur son dos… S’ensuit toute une série de quiproquos qui rythment la pièce et sont autant d’occasions de tours de force de la part du metteur en scène et des comédiens. On remarquera tout d’abord le faste des décors absolument grandioses, jusque dans leur installation, puisque le dépliement des grandes tentures à motifs psychédéliques produit son petit effet. Mais aussi dans leur utilisation, car le décor est ici un personnage et un acteur à part entière, évoluant avec (ou contre) les comédiens et les situations : une sorte de grand caisson de bois qui fait tour à tour office d’armoire chez la modiste, de lit chez Beauperthuis et de cellules de prison à la fin ; un paravent très mobile qui se baisse et se redresse selon les déplacements des comédiens ; un mur de métal vers lequel un amant enragé « balance » des chaises magnétisées qui s’y accrochent dans une disposition telle que, dans la suite de la pièce, Fadinard peut s’allonger dessus en se glissant entre les chaises (un de mes jeux de scène préférés et qui fait partie de ces petites merveilles d’astuce qui parsèment la mise en scène) ; un canapé mobile qui s’élève et s’abaisse au gré de l’état d’esprit du personnage assis dessus (moment tellement jouissif que celui où le beau-père complètement ivre embrasse Fadinard et se laisse doucement tomber sur le côté avec une torsion du dos accentuée par le mouvement progressivement ascendant du canapé) ; le cadre vide sur le mur du salon de la Baronne de Champigny où vient s’introduire Achille de Rosalba pour espionner Fadinard sans être vu, et où l’illusion est quasi parfaite (du moins de loin) ; ce cordon pendu au plafond de la boutique de la modiste que Nonancourt trépigne d’envie de tirer… Je ne peux énumérer tous les jeux de décors tant il y en a et tant ils (d)étonnent tous plus les uns que les autres. Mais le plaisir pour les yeux et la surprise sont réels, et on reste impressionné par tant d’ingéniosité scénique.

 UN CHAPEAU DE PAILLE D ITALIE -

On notera ensuite également un trait assez récurrent des mises en scène contemporaines de vaudevilles, à savoir la transposition de l’intrigue dans les années 60-70 (ce qu’on avait déjà vu récemment avec des mises en scène de Feydeau comme Le Système Ribadier de Jean-Philippe Vidal ou Le Dindon de la compagnie Les Années Ivres par exemple). Mais la particularité de cette pièce est qu’elle est agrémentée d’une petite touche a priori surprenante, à savoir les couplets : de nombreux numéros musicaux et de danse viennent s’intercaler dans la pièce, avec la présence de musiciens sur scène (principalement un guitariste et un bassiste, mais on devine dans les coulisses une batterie qu’on verra à la toute fin), les comédiens chantant en direct les quelques chansons à consonance rock tzigane (dans une ambiance digne de Kusturica, dont Corsetti dit d’ailleurs s’être inspiré). Ça marche complètement, tant les morceaux sont groovy et coïncident parfaitement avec l’esprit et le rythme de la pièce. Moment incroyable (et très applaudi) que cette auto-parodie de numéro musical au moment où Fadinard et Nonancourt sont pris pour des musiciens italiens lors du dîner donné par la Baronne de Champigny (Danièle Lebrun) et où, obligés de chanter et de jouer du piano, ils se mettent à « tricoter » sur une phrase (bien malvenue d’ailleurs) à propos de hussards… Bref, une mise en scène très enlevée, au rythme effréné mais impeccable, et où les différents comiques sont très savamment dosés (dans une pièce où les mécanismes du vaudeville sont pourtant poussés à leur extrême), ce qui fait qu’on rit vraiment tout le temps (très souvent aux larmes, et ça fait du bien dis donc).

Enfin, je me dois de m’arrêter sur le jeu des comédiens qui est ici particulièrement remarquable. Même les rôles « secondaires » (qui n’en sont pas tellement ici, tant ils participent au sel de la pièce), sont excellents : rien qu’Adeline d’Hermy en cruche sans cervelle ou Félicien Juttner en Bobin, cousin lubrique et volontiers incestueux (« C’est permis ! »), sont drôlissimes. Mention spéciale à Elliot Jenicot en « jeune lion » Achille de Rosalba, cousin excentrique de la Baronne de Champigny, qui se meut avec une telle aisance et semble tellement incarner le personnage qu’on a du mal à l’imaginer joué par quelqu’un d’autre, et à Christian Hecq, impayable en beau-père tyrannique complètement ridicule avec son gros bide, ses cheveux en pagaille et son myrte qu’il trimballe pendant toute la pièce, et surtout incroyable dans son jeu avec cette conciliation entre nervosité et mollesse, si dure à rendre sans paraître tomber dans l’un ou l’autre excès.

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Enfin, LA vraie révélation de cette pièce : Pierre Niney dans le rôle de Fadinard, dont la prestation a été excellente. Un comédien vraiment étonnant, aussi à l’aise dans les scènes très physiques que dans celles où le comique réside surtout dans les situations ou le texte, d’une énergie débordante et d’une très grande justesse dans ces moments où tout est millimétré et doit s’enchaîner très vite pour que le rire naisse. Une maîtrise peu commune, à l’image de l’utilisation de son corps, dont témoignent entre autres ses sauts de presque trois mètres, ce qui a fait plusieurs fois couiner mes voisines… Un comédien à suivre impérativement donc (bientôt également dans Phèdre à la Comédie-Française dans le rôle d’Hippolyte).

Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire : pour courir voir cette pièce, c’est au Théâtre Ephémère (Comédie-Française) jusqu’au 7 janvier 2013. un mois thé

3 réponses à “Un Chapeau de paille d’Italie, ou la Comédie comme on l’aime

  1. Merci ! Ça fait toujours plaisir de voir que d’autres personnes sont aussi passionnées que soi. D’autant plus que cette pièce est vraiment un régal (tu m’en diras des nouvelles, Céline !)

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