Interview de Miller Levy


Par Zadiggidaz

« Minimalismes », 2007, Collection particulière

« Minimalismes », 2007, Collection particulière

 

Zadiggidaz : Pour commencer, pourriez-vous vous présenter brièvement auprès de nos lecteurs ?

Miller Levy : Mon nom c’est Miller Levy – prénom : Miller, Levy : mon nom et je me définis un peu comme un artiste de variétés. Si je me dis artiste de variétés, c’est parce que mon art est assez varié et surtout, parce que je m’intéresse à la logique. C’est par logique que l’ironie ou le 2nd degré arrivent. J’ai commencé plutôt par du dessin et après, je me suis rendu compte que des idées passaient plus facilement – même si la mise en place est plus difficile – en photo. Au départ, je présentais mes photos et mes dessins en même temps ce qui suscitait une certaine incompréhension de la part des galeristes et du public. Normalement on sépare les différents types d’art mais j’ai toujours privilégié l’idée, générant le ou les supports. L’idée peut naître d’un petit texte et ensuite devenir photo ou vidéo.

Zadiggidaz : A ce propos, j’ai d’ailleurs eu l’occasion de voir, lors de votre exposition à la galerie Lara Vinci, les petits textes explicatifs accompagnant vos œuvres. On est d’ailleurs loin du cartel explicatif et formel auquel le public est accoutumé.

Miller Levy : Tant mieux ! Ce qui m’intéresse c’est de pousser un peu plus loin. Mes textes restent très brefs car je ne suis pas très doué. De ces textes peuvent découler des photos et des vidéos. Tout ça se tient. J’essaie d’avoir un peu d’excuses à faire ce que je fais. Entre autre, la série des « coins perdus », c’est l’alibi pour présenter des photos de paysages. En fait il faut avoir une conscience, ou une inconscience extrême à l’inverse, pour avoir l’audace de présenter des paysages d’autant que je n’ai pas les moyens techniques de présenter des paysages de 6x3m. Je suis plutôt dans les trucs petits. C’est surtout l’alibi pour transformer un coin photo usuel en un élément du paysage. PAF ! En plein milieu comme ça.

Z. : Ma deuxième question donc : vous participez en ce moment à l’évènement «Photo St Germain», avez-vous exposé à d’autres occasions ? Depuis combien de temps exercez –vous ?

 

M.L : Oh pas mal, j’ai commencé au siècle dernier (rires). Là par exemple, il y a des travaux des années 80 mais sinon j’ai commencé à faire des choses en m’en rendant compte dans les années 74. D’ailleurs ça fait plus longtemps que je fais des trucs sans m’en rendre compte si je puis dire. Mais le début c’est vraiment en 74.

Z. : Comme les lecteurs ne vous connaissent peut être pas, avez-vous exposé souvent ces dernières années ? Est-ce fréquent ?

M.L : Ça dépend. Par exemple à la Galerie Lara Vincy qui dépend, euh défend… Voyez, lapsus pas mal, dépend-défend, mon travail – On dépend un peu les uns des autres en réalité – (rires), j’ai fait huit expos personnelles donc de mon côté, je peux difficilement faire plus que ça. Il doit y avoir un problème quelque part, à savoir comment en huit expos personnelles (chez Lara Vincy , ndlr) et puis une dans un lieu qui est un petit peu connu qui s’appelle le centre Georges Pompidou, pardon, le Centre Pompidou, Georges étant réservé à l’hôpital (rires), je n’ai pas réussi à acquérir un peu de notoriété. Donc c’était une expo qui s’appelait « Sur la route de Millar » à la galerie des enfants et qui détournait des magnétophone – à l’époque n’existait pas ce merveilleux outil (il pointe l’IPhone avec lequel nous l’enregistrons) et cela fonctionnait avec des bandes magnétiques. J’ai eu le sponsoring de NAGRA (grande marque de magnéto, ndlr) pour les magnétos et j’avais trouvé une petite idée qui leurs a pas mal plu (le centre Pompidou et Nagra) et j’avais eu pas mal de sponsors car cela méritait pas mal d’investissement. C’était un concept assez sympa : je prenais de la bande magnétique et je dessinais dessus. Donc je faisais de la « bande dessinée » mais c’était actif. Par exemple on voyait arriver la mouette et quand ça passait dans le magnéto, ca faisait le cri de la mouette. Deux fois: deux mouettes. Trois fois: trois mouettes. Alors que c’était peut être la même ! J’avais aussi fait un navire dont le sillage était composé de bandes magnétiques. Enfin ça remonte à très longtemps. Ce que je fais c’est que je détourne des choses. La dernière expo que j’ai faite c’était chez Lara Vinci, elle s’appelait « Minimalismes », je dois avoir quelque chose ici. (il montre une carte postale éditée à partir d’une œuvre de l’expo) La mine elle même a une sorte de perfection et je voulais la montrer. En fait, ça sert à quoi de faire un trait quand le trait est déjà fait ? C’est un petit ready-made, enfin c’est une façon de parler, je ne l’ai pas vraiment pensée comme telle.

Un travail en nourrit un autre : l’idée de départ de cette mine que je trouve magnifique – enfin personnellement je trouve ça très beau – et après quand j’ai vu que je pouvais trouver un titre qui voulait tout dire, le thème était là. Bon après il faut travailler bien sur pour exprimer de la façon la plus claire ce que je voulais dire.

Z.: Pour en revenir à « Photo St Germain », le thème de cette année c’était : « le voyage et le rêve ». J’ai personnellement trouvé que vous étiez celui qui répondait le mieux à cette thématique. Est-ce un thème qui vous est cher ?

M.L : Le rêve oui, totalement. Le voyage euh… c’est un peu plus fatiguant. C’est à dire que ce sont des travaux un petit peu anciens, ce n’est pas une commande. Quand Liliane et Yuri (de la galerie Lara Vincy) m’ont proposé de participer au festival, il y avait pas mal de mes travaux qui rentraient dans cette thématique. J’ai fait pas mal de photos un peu euh… sur le thème de l’écriture et qui font penser à quelque chose de l’ordre du rêve. Ils voulaient autre chose que l’écriture quand même, parce que c’est vrai que j’ai beaucoup travaillé sur ça. J’ai fait une expo à la MEP (Maison Européenne de la Photographie, ndlr) ou j’ai présenté beaucoup de photos et de vidéos sur le thème de l’écriture et je l’avait appelé « L’Après-Histoire ». J’y ai beaucoup travaillé sur les stylos Bic et j’ai fait une vidéo en utilisant le plus petit endoscope du monde et j’ai fait un voyage à l’intérieur des Bic vides et on y voit des choses assez surprenantes.

Z. : Finalement, on peut dire que ce thème du rêve est assez omniprésent. Vous jouez avec les mots, avec les oppositions, vous détournez les objets. Qui dit 2nd degré dit seconde nature des objets, seconde nature de toutes choses. On trouve ici une dimension onirique à votre travail. Sur les séries présentées dans l’expo, celle qui m’a le plus amusée c’est celle des chewing-gums. Pourquoi avez vous travaillé les chewing-gums ?

M.L: Je travaille les chewing-gums depuis pas mal de temps puisque je dessine dessus aussi. Là dans la série ce sont des photos d’intérieurs cossus puisqu’avec différents éclairages, le matériau adopte différents aspects : feutré, tamisé, marbré. Drôle de matière, un peu euh … digne de matériaux un peu technologiques et très chers. L’avantage de ce matériau c’est que ce n’est pas cher enfin sauf si on fait trois mètres carrés. Ce que j’ai fait par contre, c’et que j’ai réalisé un fauteuil en chewing-gums que j’ai agrandi avec un matériau souple sur lequel j’ai recouvert de 3000 chewing-gums.

Z. : Qu’est ce qui vous plait dans ce matériau ?

M.L : D’abord c’est un format intéressant, je le compare souvent au modulor. En fait c’est pour rigoler mais c’est vrai que c’est un format qui n’est pas facile mais intéressant. C’est vrai que si on veut dessiner le corps plié d’une certaine manière ou des détails, c’est une contrainte intéressante. Par exemple, si on veut tailler une pierre avec une forme particulière, la sculpture est réussie lorsque la position du sujet tire parti de a contrainte. C’est une contrainte intéressante. C’est une autre forme d’approcher le problème de la page blanche. Une page blanche peut être intimidante, un chewing-gum beaucoup moins (rires)

Z. : Oui donc c’est d’une certaine façon assez ludique pour vous ?

Il faut que cela reste du plaisir n’est ce pas ?

 

M.L : Tout a fait.

Z. : Pour terminer, quels sont vos projets à venir ?

M.L : Il y a plusieurs pistes, normalement je dois réaliser un travail sur « Pourquoi le mouvement des hanches féminines est aussi fascinant ? »

J’ai travaillé avec les étudiants d’une école d’ingénieurs. J’avais l’impression que c’était parce que c’étaient des « attracteurs étranges », c’est comme ça qu’on les appelle en physique. Je n’y connais rien mais ça m’intéresse beaucoup. Attracteurs étranges ? N’y en aurait-il pas un derrière ce mouvement ? Nous avons découvert qu’il y en avait un.

Z. : Je vous remercie de m’avoir rencontré et de vous être soumis à mes questions.

J’espère vous revoir bientôt et je serais ravi de découvrir votre prochaine exposition.

M.L : Mais tout le plaisir est pour moi !

Photographie de l’artiste à la galerie Lara Vincy.

 

Retrouvez également la critique de l’expo de Miller Levy dans le cadre du festival Photo St Germain sur Être App’art.

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