Adel Abdessemed : parlons-en!


Par Flocons

La coloc s’est renseignée sur l’opinion des gens, italiens et français, à propos de la sculpture représentant Zidane et Materazzi devant Beaubourg (ici).  Au-delà de l’impression immédiate de la représentation d’un acte excessif, je pense qu’il est temps de s’intéresser à l’exposition complète de l’artiste, Adel Abdessemed, présentée en ce moment au Centre Pompidou.

Frustrante serait le premier adjectif que je pourrais employer pour cette exposition. En trois petites salles et une grande, les oeuvres sont nombreuses mais les explications le sont peu. Je pourrai faire exactement le même reproche que Lola LBL pour « Voici Paris, modernités photographiques ». Le spectateur doit se dépatouiller avec ce qu’il croit percevoir comme références à l’histoire de l’art ou autres. Trois salles sont annoncées avec un grand panneau : « certaines oeuvres sont déconseillées à un public non averti, étant violentes ou à caractère sexuel ». Humm, d’accord, mais alors justement pourquoi ne pas accentuer la médiation vis-à-vis de ces oeuvres-là? Là, elles paraissent juste placées pour choquer et semblent étaler gratuitement de la violence et du sexe.

Reprenons du début. L’artiste est né en 1971 à Constantine en Algérie. Il a été formé en Algérie puis en France notamment à l’école des Beaux-Arts de Lyon. Il se fait connaître progressivement par ses oeuvres parfois assez provocantes, comme la fameuse statue représentant le coup de tête de Zinedine Zidane. Mais au-delà de cet aspect, ce sont des thèmes qui reviennent en permanence comme l’exil, la cruauté ou encore la tradition de l’histoire de l’art. Ce qui reste constant est sa volonté de transcrire dans ses pièces les signes de conflits qui traversent le monde. Qu’il emploie la vidéo, les performances, la sculpture ou encore les dessins, il ne caresse jamais le spectateur dans le sens du poil, on ne peut pas dire que ses oeuvres soient plaisantes. Une vidéo, dans une des salles « déconseillées à un public non averti », représente deux chiens dévorant un autre chien ainsi qu’un serpent en train de déchirer le gosier d’un crapaud. Pendant cinq minutes se déroulent des scènes d’une rare violence qui sont le quotidien du monde animal. L’artiste se sert régulièrement d’animaux, fasciné qu’il est par le règne animal.

L’autre oeuvre, à caractère sexuel, est la vidéo d’une performance dans une galerie. Des couples les uns à côté des autres s’embrassent deux à deux et finissent par forniquer sauvagement. Les visiteurs dans la galerie les regardent derrière une corde délimitant l’espace de coït et finissent par applaudir à la fin de la performance. Pareillement à la vidéo précédente, cette oeuvre paraît gratuite. Ces couples sont ramenés à un état primaire, celui de s’accoupler devant les autres en groupe, comme les animaux. Les avis sur cette oeuvre vont être mitigés, et tant mieux, mais elle a le mérite de soulever des problématiques.

On voit aussi dans cette exposition ce qui a fait connaître Adel, ses voitures calcinées notamment. Des carcasses de voitures brûlées sont moulées et cuites au four. Elles représentent encore une situation de violence, symbolisant une frustration et une haine très fortes en référence aux émeutes de banlieue il y a quelques années. L’artiste reprend aussi la notion d’exil, importante dans son travail et dans le fait qu’il vient lui-même d’un autre pays. Hope représente une barque en bois regorgeant de sacs poubelles contenant sûrement des affaires. Espoir d’arriver enfin dans un pays où la vie sera meilleure ? Cette barque contient toutes les pensées de ceux qui la prennent pour traverser vers un ailleurs plus sûr.

Décor, Adel Abdessemed, 2012

Le dernier aspect de son travail (si on pouvait le résumer si rapidement) serait la référence constante à l’histoire de l’art. On le voit avec les Christ en croix alignés, constitués de fils de fer barbelés hérissés de lames de rasoir référence aux Christ d’un Masaccio, ou encore avec Coup de tête, sculpturereprésentant Zinedine Zidane et son coup de tête à Materazzi. Le contexte de l’action a complètement disparu, il ne subsiste que la collision spectaculaire de ces deux hommes, qui peut rappeler Hercule et Antée, un petit bronze d’Antonio del Pollaiuolo. L’artiste italien du XVe siècle représentait le héros grec dans une étreinte brutale avec le géant qu’il affronte.

Une exposition donc très intéressante malgré le manque flagrant de médiation!

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