L’Argo du cinéma américain


Par Schmilblicq

 

Par ce temps automnal définitivement installé, rien de mieux qu’une avant-première dans une salle pleine, à Châtelet les Halles, de préférence, au troisième rang, pour admirer Ben Affleck parler un Argo américain. Ce film reste dans le thème de mon dernier article malgré moi : l’actualité des pays arabes et un voyage au cœur de l’Iran. Mais cette fois, la vision dont je vous fais part est celle de l’ennemi, un pays nommé les Etats-Unis à la date bien archaïque de 1979. Alors que nous accueillons l’acteur-réalisateur dans la salle, je me demande si ce film en avant-première est tout aussi puissamment pensé que Taken 2, dont Soda&Gomorrhe fait l’insigne éloge.

Avant la séance, nous nous délectons d’une petite interview basique dans lequel la réponse est quasiment contenue dans la question. C’est pourtant ce qui m’a porté à observer trois choses lors de la projection : la division du film en trois parties, la « responsabilité » de Ben Affleck face à une réalité historique, et l’esthétique seventies du film. En effet, les premières scènes relatent le point de départ de la crise, à savoir l’exil au Etats-Unis du Shah, et la demande de son retour en Iran pour y être pendu. On assiste ensuite très vite à la prise de l’ambassade américaine de Téhéran, et des prises d’otages. En seconde partie, nous voilà projetés à l’autre bout du globe pour la planification du sauvetage des 6 otages réfugiés chez l’ambassadeur canadien, et en dernier lieu, la mise à exécution du projet. Régulièrement, des extraits télévisés ou radio de l’époque sont insérés, afin de nous rappeler la vérité américaine que nous voyons. Cela présente un intérêt à la fois historique, social et culturel, bien sûr, mais cela appuie aussi lourdement sur le point de vue politique d’un seul camp. En parallèle, des femmes voilées et armées adressent des messages vidéo au nom des « droits de l’homme », et une exécution ou deux n’est pas de trop pour faire passer le message manichéen de l’histoire. Seulement, Ben Affleck n’insiste pas sur le fait que ce film est bel et bien un thriller. On applaudit le scénario et son rythme effréné, mais il est évident qu’un iranien n’aurait pas présenté les choses de cette façon.

Heureusement, ce n’est pas la pièce maîtresse du puzzle ! Non, le plus important, c’est ce type, un génie face à tout ces rigolos de la CIA, qui risque sa vie pour sauver six personnes d’une mort certaine.

Après la séance, on est content d’avoir vu un bon film d’action qui a réussi à nous tenir en haleine d’un bout à l’autre. Bureau de la CIA, maison blanche et scènes de terrain : l’équilibre des différents lieux et événements reste stable. Finalement, on se rend compte qu’il n’y a pas eu l’ombre d’un doute sur la fin de l’histoire. Du début à la fin, chaque scène, chaque image annonce le dénouement. Le plus difficile du Ben Affleck directeur a été de garder cette chute implicite et de ne jamais lui faire perdre de sa vigueur dans l’action. Les personnages doutent, la phase finale de l’opération réussit à maintenir le suspens à son paroxysme, mais dès cette scène finie, on se flatte d’avoir toujours su comment ça allait finir.

La musique est également un très bon fil directeur. Généralement, on n’y fait pas vraiment attention, car elle sert simplement à donner le ton à la scène et à appuyer les émotions du spectateur. Dans Argo, elle est non seulement l’œuvre d’un génie nommé Alexandre Desplat (français, bien évidemment !), mais elle permet également d’unifier des scènes aux accents et aux décors très différents. Des tonalités orientales sont parsemées un peu partout, que l’on soit à la CIA ou chez l’ambassadeur canadien à Téhéran. Dans un autre registre, des extraits de tubes des années 70 sont repris à des moments plus détendus, dans le but, cette fois, de nous plonger dans cette époque lointaine de notre enfance pour certains, de la jeunesse de nos parents pour d’autres. Entendre l’introduction de Sultans of Swing de Dire Straits alors que notre héros et son acolyte mangent des hamburgers sur les marches d’un bâtiment public nous a même rendu nostalgique.

L’autre point intéressant du film est cet hommage au cinéma omniprésent. Un renvoi, d’abord, au cinéma de l’époque évoquée, avec un clin d’œil aux Hommes du président, de Alan J. Pakula (1976), qui s’inspirait également de l’histoire vraie du scandale du Watergate. Mais ce qui crève les yeux, c’est évidemment la mode d’il y a trente ans, les coiffures, les lunettes… La mission en elle-même place le cinéma comme le seul sauveur des otages, qui doivent donc prendre l’allure des acteurs.

Ce film qui s’annonce comme un succès est intéressant sur le point de vue technique et formel, mais il reste américain dans toute sa vulgarité et sa lutte pour le bien (car on ne comprend que trop bien où se trouve le mal…).

Quittons donc ce cinéma et scrutons les sorties à venir… Quelle sera la prochaine diffusion à l’appart’ ? Que diriez-vous de Amour, par Michael Haneke, palme d’or du festival de Cannes ?

Sortie de Argo, avec et de Ben Affleck le 7 novembre.

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