L’Etrange Festival ou le paradis des cinéphiles


 Par Vedamalady

Depuis maintenant trois ans que je le fréquente, je n’ai jamais été déçue par la programmation de l’Etrange Festival, et ce n’est pas cette année que ça va commencer. Ce festival de films étranges, originaux, porte-paroles d’un « cinéma différent » comme le souligne le Forum des Images, et inédits pour la plupart, propose des comédies, des films d’horreur, ou encore des films d’animation qui répondent à un seul et unique critère : étonner. Et le pari est gagné, même quand les films en question n’enthousiasment pas tout à fait. Mes impressions sur quatre comédies et un film d’horreur que j’ai eu l’occasion de voir, en espérant vous donner envie d’aller voir ces films à leur sortie (s’ils sortent !).

Los Chidos d’Omar Rodriguez-Lopez, date de sortie inconnue

Omar Rodriguez Lopez est un génie. Vous me direz, ça, on le savait déjà : quand on est à la tête de groupes comme At The Drive-In, Bosnian Rainbows et encore plus The Mars Volta, on ne peut qu’en être un. Mais ce qu’on ignorait, c’est que c’était aussi le cas au cinéma : tout ce qu’Omar Rodriguez-Lopez touche se transforme en or, et ce n’est pas ce film qui me démentira. Los Chidos (littéralement les gens aimables, amicaux) (quelle ironie, mes aïeux, j’en tombe de ma chaise), c’est l’histoire d’une famille, les Gonzales, qui tient un petit stand de pneus paumé au milieu de deux autoroutes au Mexique, et qui se complaît dans la crasse et la médiocrité les plus totales. Il faut qu’un touriste américain passe par là pour les voir donner un signe de vie, et même plusieurs, puisqu’ils vont s’ingénier à le dépouiller, d’autant plus ardemment que ce touriste est vraiment une bonne poire (ou complètement débile, à vous de voir). L’esprit du film se résume dans cette phrase qu’on trouve sur l’affiche : « El que no critiqua su cultura, no ama a su madre » (littéralement, « Celui qui ne critique pas sa culture n’aime pas sa mère. »). C’est dit : ce film est une satire sur les mœurs mexicaines, mais orchestrée par un œil bienveillant et amusé. Il ne s’agit aucunement de faire la morale ni de déplorer l’état des choses, mais seulement de montrer, sans concession. C’est cette capacité d’introspection culturelle et d’absence de limites qui fait de Los Chidos un film si déjanté. On ne peut pas s’empêcher de penser à Chat Noir Chat Blanc d’Emir Kusturica ou à Affreux, Sales et Méchants d’Ettore Scola, qui montraient déjà des familles dysfonctionnelles, tellement attachantes parce que tellement pittoresques. Mais Los Chidos dépasse tout ce qu’on a déjà pu voir en termes d’irrationalité. C’est dégoûtant et incestueux au possible, mais ce qui marque le plus reste la galerie de personnages tout à fait exceptionnelle : la mère bigote mais qui s’arrange avec une religion toute personnelle (comme par exemple de faire une fellation à son fils pour le « guérir » de son homosexualité…), le dit fils qui refuse son homosexualité et qui hurle à tout va qu’il « expérimente », un cousin qui s’est marié en cachant à sa femme qu’il était travesti et qui, chaque soir, lui administre un somnifère pour la vendre à un homme qui la viole dans son sommeil, un père tellement libidineux qu’il viole sa fille sans rancune aucune … Tout est tellement fou qu’on finit par adopter la position de l’Américain, d’abord abasourdi par ce qu’il voit, puis s’habituant petit à petit à ce qui finit par paraître si normal. Omar Rodriguez-Lopez s’amuse des relations entre Etats-Unis et Mexique, deux pays voisins mais si différents (ne serait-ce que par le puritanisme des premiers) en renversant totalement les points de vue et en posant finalement la question : pourquoi tout voir sous l’angle de la morale et de la rationalité quand elles n’ont pas lieu d’être et que la question ne se pose même pas ? Il faut éviter à tout prix la condescendance que certaines personnes pourraient manifester et se laisser emporter par la folie et l’hystérie ambiantes, nous dit Omar Rodriguez-Lopez, ce à quoi il nous invite par ses choix de réalisation. Car du point de vue formel, il innove aussi : tout le film est en post-synchronisé avec une musique omniprésente (en même temps, NOR-MAL quoi…), ce qui accentue l’effet de surréalité du film, où tout va déjà à 200 à l’heure. ORL ne cautionne ni ne condamne ce qu’il montre mais fait découvrir une autre façon de voir et de penser: on ressort de la salle très joyeux, un comble après toutes les horreurs qu’on vient de voir… Malheureusement, ce film n’a pas encore trouvé de distributeur en France et risque fort de ne jamais en trouver (l’indice étant que le film a été diffusé en vo sous-titrée en anglais…) et c’est une honte : tout le monde devrait pouvoir découvrir cette tuerie.

 

A Fantastic Fear of Everything de Crispian Mills et Chris Hopewell, date de sortie inconnue

L’histoire : Jack (Simon Pegg), auteur de livres pour enfants, reçoit une commande d’ouvrages sur le thème des tueurs en série victoriens. Il fait tant de recherches qu’il en devient parano et croit dur comme fer que quelqu’un cherche à l’assassiner. S’ensuit une aventure dans son inconscient qui s’amuse à lui jouer des tours et lui fait voir des choses qui n’existent pas, inconscient qu’il va finir par chercher à maîtriser… Le festival a présenté ce film comme LA comédie de l’année. Je suis loin d’être d’accord. Comprenez moi bien, ce film n’était pas nul, il était même sympathique, mais il aurait pu/dû être tellement mieux. La faute à un rythme désespérément trop lent et à une trame narrative finalement trop fine, mais surtout à des effets esthétiques trop peu nombreux, annoncés être à foison. Les vingt dernières minutes du film font preuve d’une grande originalité et d’un rythme plus soutenu, mais c’est dommage que tout le film ne soit pas du même acabit. L’autre problème est majeur : on ne rit presque pas. Il y a bien quelques scènes assez désopilantes (notamment dans le lavomatique autour des sous-vêtements de Jack) mais le plus souvent, on ne fait que sourire, et encore. La faute sûrement aussi à la déception d’une attente faussement fondée, et à un casting trop inégal : Amara Karan en amoureuse de Jack et Alan Drake en psychopathe sont atrocement fades. Les références ne sont quant à elles pas bien exploitées ou tournées en dérision de manière bien trop ostentatoire pour avoir un quelconque effet (notamment celle à Psycho d’Alfred Hitchcock). Bref, un manque d’originalité assez criant pour un film qui n’est censé jouer que de ça. Mais faisons-lui justice pour deux choses : 1) il serait ingrat de passer sous silence la prestation de Simon Pegg, juste génial dans ce film : incarnant Jack à la perfection, doué d’une mobilité corporelle assez étonnante, et pour les fans de Spaced, offrant par moments ce petit sourire espiègle qu’on connaît si bien à Tim. 2. On ressort quand même le sourire aux lèvres, et c’est bien mieux que toutes les bouses dans lesquelles a joué Simon Pegg ces derniers temps…  Je crois que c’est une raison suffisante pour aller voir ce film.

God Bless America de Bobcat Goldthwait, sortie le 10 octobre 2012

L’histoire : Frank (Joel Murray), quinquagénaire solitaire, décide, après avoir appris qu’il avait une tumeur au cerveau inopérable, de tuer des personnalités de la télé toutes responsables de la bêtise omniprésente dans la société américaine. Il trouve sur sa route Roxy (Tara Lynne Barr), jeune lycéenne, peut-être encore plus radicale que lui sur certaines questions…

Un des films les plus politiques du festival. On aura rarement vu un film saisir comme ça l’essence de la stupidité ambiante. S’il ne cherche pas à démonter les mécanismes qui ont conduit à un tel état, le film montre bien la gravité de la situation, et s’il peut d’abord paraître un long prétexte à une méchante vengeance et la réponse à un ras-le-bol généralisé, il est bien plus complexe : en effet, Frank, en tuant toutes ces personnalités parce qu’elles sont « méchantes », n’est en fait que le produit de cette société qu’il honnit. Il tue un présentateur télé ultra-conservateur mais lui-même est pour moins de contrôle des armes (dit-il en rigolant … mais n’est-ce vraiment que pour rire ?). Un film qui amène à se questionner sur le monde dans lequel on vit et sur sa propre personne : nous reconnaissons-nous dans la liste des personnes à faire disparaître ? Et si oui, de quel droit certaines personnes s’arrogeraient-elles le droit de nous faire taire ? Bref, jusqu’à quel point peut aller la liberté d’expression ? Un véritable film exutoire, qui n’a pas froid aux yeux (comme cette scène où Frank rêve qu’il explose un bébé) et une vraie réflexion sur la liberté d’expression, mais dont on pourra craindre que le message ne soit pas bien perçu : j’ai entendu une fille à la sortie de la salle dire qu’ « elle ferait la même chose si elle savait qu’elle devait mourir », lorsque le film s’évertue précisément à montrer que ce n’est pas la solution… Bref, un film assez intéressant et french-friendly en sus (parce que la France est « un pays anti-américain » !). On se fend bien la poire par moments aussi.

Touristes de Ben Wheatley, sortie le 26 décembre 2012

L’histoire : Tina (Alice Lowe), une trentenaire psychologue pour chiens (si, ça existe !) habitant toujours chez sa mère absolument insupportable et ultra-autoritaire, a rencontré Chris (Steve Oram), peut-être l’homme de sa vie ( !), et décide de partir en vacances avec lui dans sa caravane. Ce qu’elle ignore, c’est que Chris est très caractériel et que cela le pousse parfois à des actes quelque peu extrêmes… La première comédie de Ben Wheatley, réalisateur de Kill List qui a perturbé tant d’entre nous, sur un couple de meurtriers si idiot qu’il en devient drôle. Une comédie aux rouages bien huilés assaisonnée de krautrock assez jubilatoire et parsemée de petits détails drôlissimes qui font tout le piquant du film. Ben Wheatley s’amuse, et nous avec lui. Au fur et à mesure de l’avancée du film, le film prend même le luxe de s’autoparodier, lorsque ses personnages voient s’enchaîner les meurtres en se disant que c’est du gâchis et deviennent beaucoup plus expéditifs dans l’exécution de leurs crimes, jusqu’à l’ultime chute (c’est le cas de le dire…). Parfait pour se bidonner !

 Maniac de Franck Khalfoun, sortie le 26 décembre 2012

Remake de Maniac de William Lustig sorti en 1980 (que je n’ai pas vu), ce film tourné en caméra subjective nous fait pénétrer dans la vie de Frank, propriétaire d’une boutique de mannequins, et serial killer le reste du temps. Son truc, c’est de tuer des jeunes filles pour les scalper et habiller ses mannequins de leurs cheveux. On l’aura compris, c’est un peu gore par moments, assez perturbant même (je vous le donne en mille, un complexe d’Œdipe bien refoulé est à l’origine de tout ça) mais au niveau formel, c’est assez bien fait : la musique et la lumière sont réussies, et l’angoisse est palpable. Elijah Wood et Nora Arnezeder sont plutôt convaincants, même si certains puristes de la première heure crieront sûrement au scandale et les trouveront assez fades (en tout cas, certains lèvent déjà leur bouclier sur Internet). Bref, un remake plus que respectable à mon sens puisqu’il témoigne d’un réel effort stylistique (dont on déplorera justement l’inexistence dans certains remakes).

 

Plusieurs de ces films concouraient pour le Prix Nouveau Genre qui récompense un film par son achat par Canal + pour une future diffusion à l’antenne. Qui le gagnera cette année ? A suivre…

A noter également : Terry Gilliam viendra peut-être présenter Brazil (un autre film complètement fou) le 23 septembre à 19 h au Forum des Images. A ne pas rater !

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