Bibliothèque: Sitcom sweet sitcom


Vedamalady

Petit tour des séries cultes à voir (ou à revoir) sans modération

A l’époque où tout le monde se précipite pour voir la dernière série à la mode, et à l’heure où toutes les chaînes de télé américaines et anglaises trépignent d’impatience de sortir LA nouvelle série qui fera sensation, je vous propose de ressortir de la bibliothèque quelques grands classiques de la série télé, des trésors qui valent vraiment le détour, en espérant que cet article vous donne envie d’aller y jeter un coup d’œil ! (Inutile de dire que je ne parle ici que de ce que je connais et aime, cette liste n’est donc ni exhaustive ni objective, mais elle est ouverte à toute suggestion !)

On a tous notre (ou nos) sitcom(s) préférée(s) : cette machine bien huilée ne vieillit jamais (voir le recyclage de Friends dans How I Met Your Mother, ou les succès qui ne se démentent pas de The Big Bang Theory ou Modern Family), à tel point qu’à chaque saison, on nous pond un nouveau spécimen, dont on se demande bien si ça vaut le coup de s’y mettre, pour s’arrêter au bout de trois épisodes (parce que bon, hein, on n’a pas que ça à faire non plus). Là, pour pallier à l’ennui, rien de tel que les sitcoms à l’anglaise qui sont, malgré le format (30 minutes le plus souvent), débordantes d’originalité. Il convient de citer là la reine du genre, LA série qui a fait exploser la définition de la sitcom, à savoir The Young Ones, série écrite par Rik Mayall (qui interprète Rick), Lisa Mayer et Ben Elton (deux saisons de six épisodes diffusées en 1982 et 1984) : l’histoire de quatre jeunes étudiants très différents (Rick le pseudo-anarcho-socialiste, Vyvyan le punk ultra-violent, Neil le hippie suicidaire et Mike l’escroc de bas étage) dans l’Angleterre thatchérienne. Chaque épisode part du même principe : ces quatre jeunes s’ennuient ferme (voir l’épisode 3 de la saison 1, simplement intitulé « Boring »). Mais la série, elle, est loin d’être monotone : toute l’action part de ce simple concept, et d’ailleurs, au niveau de l’intrigue, rien ne se passe vraiment, ou de manière tellement désordonnée et chaotique, qu’on se demande souvent à la fin d’un épisode comment on a pu en arriver là. Mais voilà, tout est dans la forme, l’enchaînement incessant de nouveaux gags tout autant visuels que linguistiques, et le tout avec une très grande liberté : ainsi, il arrive souvent qu’on voit des rats, des tomates ou des brosses à dents parler ou danser ! Vous l’aurez compris, on est au pays de l’absurde et du surréalisme jouissifs. Les auteurs savaient qu’ils marqueraient l’histoire du genre dès le premier épisode : on ne peut que voir une mise en abyme ironique de la série dans le programme télé que regarde Rick, au titre et au slogan évocateurs (« Nozin’ Around » « a program for young adults made by young adults ») : oui, ils ont vraiment fait du bruit en réinventant la sitcom, et on regrette que personne n’ait véritablement repris le flambeau. A voir aussi pour la prestation d’Alexei Sayle, comique trop méconnu, qui incarne la famille Balowski à lui tout seul, dans des numéros (pour certains de quasi improvisation) savoureux. Vous avez maintenant le droit d’arrêter de lire cet article pour courir regarder cette série.

Pour ceux qui aimeront The Young Ones, je vous conseille également Bottom (1991-1995) coécrit par Rik Mayall et Ade Edmonson (Rick et Vyvyan dans la série susdite) : l’histoire de deux loosers, Richard Richard, le toujours puceau à 30 ans passés, qui croit que le sex appeal se vend « en bouteille » et dont la pick up line se résume à « What a lovely blouse ! » (« Quel joli chemisier !), et Edward Hitler (ça ne s’invente pas), l’alcoolique capable de s’enfiler tout ce qui traîne de liquide, de la bibine la plus infecte à l’essence (de voiture ou de briquet, il n’est pas difficile). Cette série (qui devait au départ s’appeler « Your Bottom », pour que les spectateurs disent « I saw Your Bottom on TV last night » – véridique) va à 200 à l’heure : les gags visuels et les répliques hilarantes s’enchaînent, on se bat et on détruit beaucoup (beaucoup plus que dans The Young Ones), c’est gras et dégoûtant (le premier épisode s’appelle « Smells », je vous laisse imaginer la suite) et ça peut ne pas plaire à tout le monde, mais c’est vraiment trop bien écrit et joué pour passer à côté. Un vrai coup de cœur.

Misanthropes et amateurs d’humour tranchant, Black Books (2000-2004) de Dylan Moran et Fawlty Towers de John Cleese (1975-1979) sont faits pour vous ! Black Books, c’est l’histoire de Bernard (Dylan Moran), libraire irlandais et alcoolique comme il aime à se définir lui-même, qui ne demande qu’une chose : qu’on le laisse tranquille avec ses livres et sa piquette qu’il sirote à longueur de journée avec sa voisine Fran (Tamsin Greig). Un jour débarque le brave Manny (Bill Bailey), naïf et altruiste, et surtout l’exact opposé de Bernard, qui va l’engager et en faire sans scrupule aucun son faire-valoir. Il faut être franc : sans Dylan Moran, cette série ne serait qu’une sitcom comme une autre (certes particulièrement bien écrite, mais elle reste assez classique dans le genre). Jamais dans l’excès, il arrive à donner du corps à un personnage à mi-chemin entre l’apathie la plus totale et la tension toujours latente. Coécrite par Graham Linehan (Father Ted, The IT Crowd) et Dylan Moran lui-même, chaque épisode est un petit bijou d’humour noir et d’ironie. Sachant alterner pures inventions et détournements (la référence à Frankenstein dan l’épisode 3 de la saison 1 (« Grapes Of Wrath ») est juste géniale), cette série est vraiment un must see.

Quant à Fawlty Towers, véritable série culte chez nos amis les Anglais, elle est le forfait de John Cleese (un des Monty Python) (mais si, le grand là, vous savez…) et de Connie Booth (Polly, une des employées de l’hôtel dans la série). L’histoire d’un gérant d’hôtel (Basil Fawlty interprété par John Cleese) dans la campagne anglaise, qui ne supporte pas ses clients, et encore moins sa femme tyrannique, Sibyl (Prunella Scales) ou son groom espagnol, Manuel (Andrew Sachs) qui ne comprend pas un traître mot d’anglais. Contrairement à l’humour souvent absurde des Monty Python, on a là affaire à un humour plus « traditionnel » où le comique de situations prime. Les épisodes sont assez inégaux, mais une écriture incisive et une ironie à couper au couteau font que cette série ne rate jamais sa cible. On ne peut que rire devant les grimaces et les gesticulations de John Cleese en très grande forme. A regarder donc.

Pour les amateurs d’histoire (et pour les autres aussi), rien ne vaut The Black Adder (1982-1989), la série qui a vraiment lancé Rowan Atkinson (avant qu’on l’associe pour toujours à Mr Bean, pauvre de lui). Le concept est simple : chaque saison (quatre en tout) suit le personnage de Black Adder (La Vipère Noire interprétée par Rowan Atkinson), personnage aux visées malhonnêtes (en gros, il veut être calife à la place du calife ou est prêt à tout pour survivre) à quatre époques différentes : un Moyen-Age pas très historique, la Renaissance, le XVIIIe siècle, la Première Guerre Mondiale. Il est toujours affublé de son faire-valoir Baldrick (personnage secondaire impayable) et de Lord Percy Percy, son sbire légèrement crétin. Sûrement « la sitcom la plus passionnante depuis 1380 » comme le souligne le slogan, tout dans cette série joue, comme vous l’aurez compris, sur le détournement : rien de bien authentique historiquement parlant là-dedans mais que de matière à rire ! On adore voir Black Adder se rater immanquablement à chaque fois. Mais la force de la série est que, malgré le concept et la fin toujours annoncée (en gros, tout le monde meurt à la fin de chaque saison), rien ne se répète : Black Adder est tour à tour pathétique ou rusé, à la merci d’un pater royal sans pitié ou au service d’une reine Elisabeth cyclothymique, et l’invention est toujours au rendez-vous, ce qui a fait le succès de la série. A noter que c’est là que Hugh Laurie (futur Docteur House) a fait ses débuts (en prince prétendant à la couronne complètement débile dans la troisième saison et en lieutenant dans la saison 4), et que Lord Melchett dans la saison 2 et son descendant General Melchett dans la saison 4 n’est autre que Stephen Fry, comique anglais bien connu. Pour vous la situer, cette série est tellement culte qu’elle est constamment citée dans les sitcoms anglaises (Little Britain pour n’en mentionner qu’une).

Passons à la sitcom non humoristique, mais qui n’empêche pas de rire par moments : la série anglaise Queer As Folk (1999-2000), l’histoire de trois jeunes homosexuels à Manchester , Stuart (Aidan Gillen), le gars dont tout le monde est amoureux et qui enchaîne les coups d’un soir, Vince (Craig Kelly), son meilleur ami secrètement amoureux de lui, et Nathan (Charlie Hunnam), jeune ado de 15 ans qui découvre sa sexualité et tombe par la même occasion lui aussi amoureux de Stuart. Cette série avait fait sensation à l’époque pour sa complète désinhibition, le caractère assez cru de ses scènes de sexe et l’âge d’un des personnages principaux (à savoir Nathan, âgé de 15 ans dans la série), mais c’est justement là sa force : extrêmement bien écrite, elle se fiche complètement de ce qu’on peut penser d’elle. Libérée des contraintes scénaristiques ou des impératifs de bienséance, on rit, on pleure, on s’énerve, on saute de joie devant cette série : tout y est vrai. Une réflexion sur l’amour, l’amitié, la peur de vieillir, les relations intergénérationnelles, la paternité, la tolérance, le mal-être et l’acceptation de soi. Une série sincère qui ne laisse pas indifférent : un vrai appel à la vie. Bref, on en voudrait plus des comme ça.

Pour finir, quittons la douce Albion pour parler d’une sitcom américaine absolument géniale, à savoir Arrested Development, la série culte (trois saisons de 2003 à 2006, et une quatrième saison prévue pour 2013), qui arrive à rire de sujets divers et sensibles (la guerre en Irak ou l’inceste), même si tout cela reste relatif. Une parodie de la telenovelas mexicaine au nombre d’épisodes à quatre ou cinq chiffres totalement imbuvable, mais bien écrite et bien jouée, avec des personnages à se tordre, tous plus fous et manipulateurs les uns que les autres. On pourra tout de même faire la petite critique d’un manque de cohérence dans la dernière saison, où les épisodes s’enchaînent sans parfois reprendre l’intrigue du précédent, le petit nombre d’épisodes précipitant aussi parfois les événements (mais ça, c’est la faute de la FOX). A part ce petit point, je ne saurais trop la recommander.

A voir aussi : Red Dwarf, Spaced, The IT Crowd : une version du nerd made in England, éclipsée par The Big Bang Theory, avec des geeks bien moins maniaco-dépressifs et du coup bien plus attachants (on s’attache plus à Roy qu’à Sheldon, ça, c’est sûr).

Vous savez maintenant ce qu’il reste à faire de vos derniers jours de vacances…

Et aussi : pour les amateurs de série, ne manquez pas le rendez-vous incontournable au Forum des Images, le festival Séries Mania du 22 au 28 avril 2013. A vos agendas !

Une réponse à “Bibliothèque: Sitcom sweet sitcom

  1. Fawlty towers, série anglaise complétement folle.
    J’adorais. C’est vrai que ces séries anglaises sont à redécouvrir. On a un peu oublié Black adder en effet et trop cantonné Rowan Atkinson à son rôle de Mister Bean. Là encore une série culte à découvrir ou re-découvrir. Dans la catégorie série anglaise déjantée j’aurais mentionné aussi Absolutely Fabulous.

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