Interview de Pierre-Benoist Varoclier, jeune comédien à suivre


Par Vedamalady

©Julian Torres

Pierre-Benoist Varoclier, aka Don Carlos dans la mise en scène d’Hernani par Christine Berg (dont je parle ici : https://etreappart.wordpress.com/2012/07/23/petit-apercu-de-la-66eme-edition-du-festival-davignon/), a eu l’extrême gentillesse de répondre à nos questions. Un très grand merci à lui !

Pouvez-vous nous détailler votre parcours jusqu’ici ? Comment êtes-vous arrivé au théâtre ?

Pour résumer, disons que j’ai fait du théâtre de 7 à 17 ans dans des ateliers pour enfants et adolescents, puis, après mon bac, suivant un parcours que je pensais nécessaire, j’ai entamé des études plutôt longues en école de commerce et en philosophie. J’ai fait des stages en entreprise et ai même commencé à travailler en mode col blanc, seulement pour me rendre compte bien vite que j’en étais parfaitement capable, mais que ce n’était pas du tout la vie qui me conviendrait… J’avais alors 23 ans. L’économie n’était pas en crise, c’est l’économie qui était la crise. J’aspirais à autre chose et me méfiais des sophistes. Tout était dur, alors il m’a semblé que choisir sa passion était le choix finalement de raison : je me suis formé un peu au Studio-Théâtre d’Asnières, puis j’ai eu le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique et étudié à la London Academy of Music and Dramatic Art. Cela a changé ma vie et, depuis, je joue et je mets en scène.

A propos d’Hernani : comment le projet s’est-il présenté à vous et comment avez-vous appréhendé votre rôle ?

J’ai intégré la compagnie Ici et Maintenant Théâtre dans la cadre d’une audition au Jeune Théâtre National. Je venais de jouer un autre Hugo (Le Roi s’amuse avec Denis Lavant, et mis en scène par François Rancillac) et c’est un théâtre un peu baroque, romantique, un alexandrin vif et moderne, un style qui me plaît et qui peut être, malgré les apparences, très concret. J’ai toujours eu une faiblesse pour Hugo, en fait ! Je trouve le personnage fascinant, la poésie sublime et la littérature riche. Alors, pour le roi Don Carlos, je pouvais piocher dans ma connaissance de l’auteur et de son œuvre, de ses personnages qui se ressemblent au fil des pièces et des histoires, et j’ai tenté de composer, sous l’œil exigeant et alerte de notre metteuse en scène Christine Berg, un personnage assez proche de moi et de profiter au maximum de son parcours dans la pièce pour explorer plusieurs états. Je me le suis approprié en somme. Plutôt que d’appréhender un rôle, je l’apprivoise suffisamment pour qu’au final il s’agisse juste de moi qui, disant ces mots et ces phrases, finisse par trouver l’état. Et non l’inverse.

Comment avez-vous vécu le festival d’Avignon ? Que représente la participation à cette manifestation pour vous en tant que comédien et pour la troupe ? Quelles sont les vraies retombées d’un tel festival ?

C’est un festival que je connais bien et que je fréquente depuis l’enfance comme spectateur et j’ai failli ces dernières années y jouer en sélection « in » plusieurs fois. J’étais très heureux de jouer à la Caserne des Pompiers, c’est un lieu de très grande qualité, avec une belle programmation, et à la différence de quasiment tous les théâtres du « off », nous y sommes invités. C’est assez fatiguant comme rythme, mais la proximité avec les spectateurs est telle que c’est un grand plaisir que de jouer tous les jours. Et pour la troupe, en effet, c’est une chance de pouvoir montrer son travail au public et aussi aux pros. Les vraies retombées sont surtout, dès lors, la possibilité de faire tourner le spectacle sur les saisons suivantes. Mais à titre personnel, je suis heureux de jouer partout et n’ai pas une fascination particulière pour le phénomène avignonnais. J’aime juste énormément la ville, les gens et l’ambiance estivale.

Quelle est votre vision du théâtre en région ? La scène parisienne reste-telle toujours pour vous hégémonique ?

Je suis plutôt mal placé pour en parler car je vis à Paris et j’y joue beaucoup. Cependant, depuis deux ans, je me suis retrouvé sur des créations à la Comédie de Reims. C’est une réussite plutôt probante de la décentralisation : il y a du très beau théâtre partout en France, et même partout en Europe. Je suis surtout très heureux d’avoir intégré la troupe de Christine qui, avec des moyens limités, a de très belles ambitions et une équipe humainement et artistiquement solide. Je pense et espère que j’aurai la joie de retravailler avec eux sur de prochains spectacles…

Vous êtes comédien, auteur, metteur en scène, scénographe. Comment arrivez-vous à concilier toutes ces activités et pensez-vous que celles-ci sont complémentaires ?

J’y arrive, car j’en ai besoin. Ces activités sont complémentaires les unes par rapport aux autres, mais sont difficilement conciliables. Je tiens au maximum à séparer les métiers. A mon sens, l’art se forme surtout à partir d’une friction et de rencontres convergentes/divergentes entre des individualités. Il faut des couches de créativité, alors je ne veux pas jouer dans un projet que je mets en scène, je préfère écrire un texte que quelqu’un d’autre mettra en scène, et je préfère jouer dans un projet où je suis simple acteur. Pour la scénographie, c’est un peu différent, j’aime beaucoup créer le lieu et l’ambiance où les comédiens vont évoluer. Et je dis souvent que j’ai l’impression d’être un metteur en scène qui joue, plus que tout autre chose. J’aime énormément le parti pris de la mise en scène et diriger des acteurs. Mais il me serait aussi impossible de ne pas jouer ailleurs…

Au vu de la diversité des pièces que vous mettez en scène et dans lesquelles vous jouez, quelles sont les motivations qui vous incitent à participer à tel ou tel projet ?

Tout m’intéresse et il m’est très rare de refuser un projet. Je me dis que si je ne connais pas, ou si je n’ai pas fait quelque chose, je dois l’essayer, l’examiner, l’expérimenter. Pour autant, avec les années, mon théâtre s’affine, et je sais davantage ce que j’aime et ce que je veux défendre, alors je tente d’aller dans ce sens.

On a pu vous voir au cinéma et à la télévision. Vous avez même été sélectionné à Talents Cannes cette année. Comment voyez-vous votre avenir dans le cinéma ?

J’aime beaucoup tourner également, mais c’est un plaisir très différent, une quête du non-jeu exacerbé. Je ne sais pas du tout quel y sera mon avenir, mais c’est un medium passionnant et qui touche une population plus large. Je connais quelques réalisateurs qui pourraient me faire confiance et qui suivent mon travail, aussi peut-être me confiera-t-on un jour un rôle plus étoffé à défendre que mes quelques apparitions. J’y aspire sans honte, et sans volonté de renoncer au théâtre pour autant, qui, je crois, est le vrai plaisir de l’acteur.

Pouvez-nous nous parler un peu plus du Système Ribadier, la pièce dans laquelle on vous verra à la rentrée au Théâtre de l’Ouest Parisien ? Et quels sont vos autres projets?

J’assiste à la mise en scène Jean-Philippe Vidal sur cette pièce de Feydeau, et j’y tiens également un petit rôle souriant. C’est une oeuvre loufoque et amusante, avec de bons acteurs, et qui, l’air de rien, parle du couple et de l’amitié. Nous avons seulement entamé le travail mais je crois que le projet peut être très réussi. Pour le reste, Hernani va continuer à tourner sur les deux saisons prochaines et je joue dans le prochain film de Jackie Chan qui sortira à la rentrée, un genre de James Bond chinois, un tournage très décalé ! J’ai également mis en scène cette année un texte qui me tenait beaucoup à cœur (Léviathan), un Peter Pan adapté qui défend l’idée que chaque homme a en lui un Pan et un Crochet qui sommeillent, et qui j’espère a vocation à tourner prochainement. J’ai enfin d’autres projets de mise en scène avec mes muses de Léviathan (Maika Louakairim, Morgane Buissière, Pierre-François Garel et Mathurin Voltz) et beaucoup de mes camarades acteurs que j’aimerais diriger…

A voir : Le Système Ribadier de Feydeau, mise en scène de Jean-Philippe Vidal : du 6 au 14 octobre 2012 au Théâtre de l’Ouest Parisien (Boulogne-Billancourt). Informations et réservations ici : http://www.top-bb.fr/theatre-de-louest-parisien-calendrier/spectacle/2012-10/6-le-systeme-ribadier.html

Chinese Zodiac de Jackie Chan, dans les salles prochainement

Et pour suivre l’actualité de Pierre-Benoist Varoclier, tous les liens ici : http://pbv.free.fr/

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