CANAPES et FAUTEUILS


Par Lola LBL

Après notre dernière escapade dans les représentations des baignoires, voici un voyage dans le monde des canapés et des fauteuils. Oui vous allez me dire, vous qui êtes devant votre ordinateur, affalés sur votre canapé en position ventre dehors et tête dans le cou, que ça suffit les articles à prétextes bidons pour parcourir l’histoire et les arts quand on n’a pas d’idées. Ah oui vraiment ?! Pensez-vous que le canapé n’a jamais été une source d’inspiration, un déclic prolifique, une muse même ! pour les artistes ? La preuve du contraire.

ROBERT DESNOS ENDORMI – MAN RAY

Tel le lecteur d’Être App’art attendant mollement de s’esclaffer au son des douces allitérations et assonances de mes compères colocataires, Robert Desnos aussi somnolait sur son canapé en 1928. La différence avec nous tient en trois points:

Il était surréaliste lui ! Oui quand on côtoie tous les jours André Breton et Kiki de Montparnasse, qu’on fait la bringue dans tous les bars et que, dans tout ça, on arrive à cracher sa poésie sur du papier malgré une gueule de bois, on peut, oui on peut, se permettre de piquer un somme de temps en temps.

Quand Desnos dort, Man Ray le photographie. Parce que quand nous on dort, personne ne s’extasie devant la beauté du visage redevenu enfantin lorsque Morphée nous kidnappe; en revanche, beaucoup de nos plus chers amis s’amusent à employer tous les moyens artistiques à portée de main pour produire une œuvre éphémère (ou pas) à base de: « Loser », « Puceau » et autres sobriquets appliqués sur la peau. Non, Desnos, quand il se fait photographier, il apparaît quelques années plus tard, en 1928, en illustration de l’édition de Nadja, roman de son ami et ennemi, André Breton, à propos de la rencontre d’une femme mystérieuse et fascinante.

Qui dort écrit. En bon représentant de l’avant-garde, Desnos n’appliquera pas le « qui dort dîne » mais le « qui dort écrit ». Entre les expériences d’autohypnose et les divers états de transe qu’il traversait (avec on ne sait quoi dans l’organisme), le poète composait:

« Les dents des femmes sont des objets charmants

… qu’on ne devrait les voir qu’en rêve ou à l’instant de l’amour

Adieu.

Si belle ? Cybèle ?

Nous sommes à jamais perdus dans le désert de l’éternèbre. »

Surréaliste hein !? C’est un extrait des cartons placés entre les différentes scènes du film Etoile de Mer (16 min, 1928, jetez-y un coup d’oeil), fruit de la collaboration entre Desnos, Man Ray et Kiki de Montparnasse.

CANAPE BOCA – SALVADOR DALI

À propos de surréalisme, voilà un autre hurluberlu de la même trempe : Salvador Dalí. Comme Desnos, Dalí se fait exclure du surréalisme en décembre 1934 par André Breton, au cours d’une réunion qu’on a dit mémorable. Le groupe périclite mais son influence sera importante pour Dalí : son idée d’ « objet irrationnel à fonctionnement symbolique », éloignée du stricte surréalisme, s’inspire cependant des mêmes bases que sont les théories de Freud.

Érotisme et symbolique. Ce canapé, c’est Mae West qui l’a inspiré à Dalí. L’actrice érotique américaine au caractère bien trempé était à l’époque un fantasme féminin tel, que les aviateurs américains de la deuxième guerre mondiale ont surnommé leurs gilets de sauvetage des “Mae West” en hommage à sa poitrine opulente. En 1936, Dalí s’inspire de ce symbole de désir pour créer toute une pièce à son effigie : portrait en trois dimensions composé de toiles (yeux), rideaux(chevelure) et canapé en forme de bouche pulpeuse, ces éléments sont rassemblés au musée-théâtre Dalí à Figueres en Espagne.

Postérité et postérieurs. Après tout cela, je suis certaine que vous rêvez de poser votre derrière sur ce meuble devenu œuvre d’art. Sachez qu’en 1971, le designer italien Gufram décide de s’inspirer du prototype d’origine pour distribuer sa propre version du canapé, qui s’appellera alors Canapé Boca ou Boca Marilyn Sofa. En effet, après Mae West, c’est Marilyn Monroe qui prend la place de fantasme féminin. Mais pour vous reposer sur un tel objet, il vous faudra d’abord trouver un des mille exemplaires de cette version du célèbre canapé. Ou alors vous pouvez aller voir la version en porcelaine de Bertrand Lavier, plasticien français, qui fut présentée en 2007 à la Manufacture de Sèvres.

JOHN KENNEDY ET ROBERT KENNEDY- HANK WALKER

Même sans le regard a posteriori qu’on peut apporter sur John et Bob Kennedy, assassinés respectivement en novembre 1963 et en juin 1968, la composition de cette photo est déjà forte. La photo a été prise en 1960, par Hank Walker, photographe reporter au magazine Life, lors de la Convention Nationale du Parti Démocrate à Los Angeles.

Dans l’intimité des grands. Hank Walker est un spécialiste pour s’infiltrer dans l’intimité des hommes politiques : Nixon dans sa limousine, Eisenhower qui pleure dans un mouchoir après un discours ou le regard espiègle du jeune prince saoudien Mashbur ibn Saud, c’est de lui. Ici nous sommes au cœur de la campagne électorale lorsque John, assis dans un fauteuil, demande conseil à Bob, son directeur de campagne, assis plus modestement sur le bord du lit. L’oreille tendue de Bob, la main sur le menton de John, en proie à la réflexion, cette atmosphère secrète et intime des deux hommes penchés dans la lumière tamisée de leur suite c’est ce qu’arrive à capter Walker sans que les Kennedy ne s’en soucient.

Témoin, pion ou marionnestiste. Ce n’est pas exactement ce qui est arrivé quand Walker photographia les documents où devaient figurer la liste de 41 noms de fonctionnaires communistes du Département d’État sur le bureau du sénateur McCarthy chargé de la « chasse aux sorcières »: on lui confisqua la pellicule. Ce n’est pas un hasard si justement, dans l’intimité des Kennedy, il est possible d’approcher l’homme. Ce qu’avait compris la famille Kennedy, et ce qui sera mis en œuvre de plus en plus par les hommes politiques, c’est la médiatisation de la vie privée, sujet encore d’actualité me direz-vous. Le photographe est-il ainsi celui qui observe, celui qui capte ou celui à qui ont donne seulement ce qu’on peut rendre public ?

Lost in Sofa – Daisuke Motogi Architecture

Et si vous arrêtiez de perdre vos affaires dans les plis des coussins ? Voici le fauteuil imaginé par Daisuke Motogi Architecture et présenté en 2010 au Design Tide de Tokyo, salon dont l’envergure concurrence le Salone del Mobile de Milan et autre Stockholm Furniture Fair. Perdez-vous dans ce Lost in Sofa : encore un de ces objets japonais qui nous simplifient la vie.

SOFA SONG – The Kooks (2005)

Comme d’habitude pour vous détendre, pour vous étendre, pour vous éprendre (rayez la mention inutile) dans votre canapé, un interlude musical, qui brisera peut être quelques lattes avec ses rythmes « gratouillants », mais comme vous le savez, si vous n’avez plus de canapé, venez squatter le nôtre à l’appart !

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