La part de Ken Loach au festival de Cannes


Par Smilblicq

Entrez dans la salle. Prenez place.

Je vous offre un verre ? Whisky bien sûr !

Même sans en boire, même sans apprécier cet alcool aussi bien que le font les personnages à l’écran, vous serez obligés d’y goûter d’une façon ou d’une autre. La part des Anges, ce prix du jury cannois, sorti en salle le 27 juin, est un film plein de vapeur d’alcool. On comprend mieux comment à Ken Loach à encore une fois fait tourné la tête du jury ! C’est la troisième fois qu’il se voit décerné ce prix depuis 1990, avec une palme d’or en 2006, histoire de varier les plaisirs. Ses sujets sont toujours emprunts d’histoire et d’identité irlandaise ou britannique, avec un profond goût pour le réalisme des personnages et de leurs émotions. La première scène annonce la couleur : de jeunes délinquants sont condamnés à des travaux d’intérêt général, et ils sont pris en charge par un ange gardien. Robbie (Paul Brannigan), jeune papa tente de reprendre le dessus et bientôt, l’étau que représentent la société et sa belle famille se resserre sur lui. Leur mentor les emmène visiter une distillerie de whisky et ce personnage se découvre un don de dégustateur. Il va en faire son ticket pour la liberté.

Un deuxième verre ?

Le titre du film désigne d’une part le sujet du whisky lui-même, car il s’agit de la part d’alcool qui s’évapore pendant son vieillissement en fût. C’est ensuite une antiphrase pour désigner des anti-héros qui vont s’approprier leur part du butin, par un trafic de whisky très rare. Enfin, c’est ce qui revient à ces personnes qui croisent notre route, ces anges gardiens que l’on pense à remercier à la première occasion. Difficile de choisir un titre mieux adapté. L’idée est en quelque sorte une version écossaise de Robin des bois. Robbie prend la place de Robin et se fait traité de vaurien, un couteau sous la gorge, par la famille de sa Belle Marianne. C’est donc avec ses trois compagnons, qu’il entreprend de voler les riches, c’est-à-dire les collectionneurs de whisky, pour s’offrir une vie, simplement à la hauteur de n’importe quelle autre. Tout se passe selon des astuces à la fois soignées et drôles. L’humour est exploité pour insister sur la condition inférieure des personnages, mais c’est paradoxalement par ce moyen qu’ils s’en sortent.

Encore un verre ?! Bon, un petit, et c’est le dernier !

Pour un acteur, avoir le privilège de jouer dans un film de Loach, ce n’est pas une mince affaire. Il recherche des profils particuliers pour que le lien entre les acteurs et leur rôle soit le plus étroit possible. Il déniche des inconnus et leur fait tirer profit de leurs expériences personnelles, afin de rendre le plus réaliste possible les personnages qu’ils incarnent. Ensuite, ces acteurs doivent rendre vrai leur émotions et réactions. Prenons Paul Brannigan pour seul exemple : il a arrêté l’école à 14 ans, s’est senti abandonné par ses parents accros à l’héroïne, et a fait de la prison. Et c’est précisément pour ça qu’il intéressait Loach. Finalement, il joue lui-même le rôle d’un ange gardien pour ses acteurs !

Pour La part des anges, il « espère que ce sera une comédie ». Il précise que c’est un sujet très sérieux, à savoir le chômage chez les jeunes. Il prend donc les plus gros clichés écossais : le whisky et les kilts. Forcément, on imagine difficilement des délinquants en kilt ! C’est leur atout principal. Mais les jeunes Ecossais, de manière générale, ne sont pas initiés au whisky, qui est pourtant sous leurs yeux. Tout comme ces magnifiques paysages qu’ils n’apprécient pas, ce film leur donne l’occasion de le découvrir. Ce nouveau film est donc militant, comme l’était Le vent se lève, palme d’or en 2006. On y retrouve le « style Loach » dans ce retour sur la révolution irlandaise de 1920. Ici aussi, Ken Loach donne à un jeune Irlandais de revivre l’histoire de ses ancêtres. Le deux films ont en commun le combat pour la liberté, dans une tonalité comique pour le premier, dramatique pour ce dernier, et c’est ce qui semble plaire aux jurys.

Ma bouteille est vide… Si la part des anges ne s’était pas évaporée, il y en aurait eu davantage. Autant dans la bouteille, que d’argent à la fin. Mais il faut bien qu’une part s’en aille pour mieux apprécier celle qui reste. La seule qui n’a pas disparu, c’est bien celle de Ken Loach au festival de Cannes !

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