Gerhard Richter, Panorama


Par Flocons

L’expo du moment à ne rater sous aucun prétexte est la rétrospective du peintre allemand Gerhard Richter qui a ouvert ses portes début juin. Après être passée par Berlin et la Tate Modern de Londres, elle arrive (enfin!) chez nous! Repoussez votre départ en vacances s’il le faut mais allez voir cette superbe exposition avant de vous la couler douce sur une plage au bord de l’eau la peau chauffée par le soleil… Bref, je m’égare. Pour en revenir à Gerhard Richter, que dire?

Il est né en 1932 et a grandi en Allemagne de l’Est. En 1961, il passe à l’ouest pour étudier à l’académie des beaux-arts de Düsseldorf, foyer de création très important à l’époque. Il sera dans la classe de Sigmar Polke notamment. En 1962, il découvre le pop art américain lors d’une exposition itinérante à Berlin sur la nouvelle génération des artistes américains. C’est à partir de ce moment-là qu’il crée une sorte de pop allemand appelé réalisme capitaliste avec Konrad Lueg et Sigmar Polke. Il se moque ainsi également du réalisme socialiste prôné à l’Est.

Il introduit aussi à partir de ces années-là des photos prises dans les magazines. Il fera à partir de ces  images ce qui le fera connaître par la suite, des « photos-peinture ». Il projette l’image sur la toile et la reproduit en noir et blanc avec de la peinture. Il dit ceci en 1972 lors de la biennale de Venise : « C’est la photo banale qui s’est mise à m’étonner, celle que tout le monde prend tous les jours […]. Parce qu’elle était sans style, sans composition ni parti pris, elle me libérait de tout ce qui j’avais appris, c’était une image pure. »

Et de parti pris, il n’en prendra jamais. Issu d’une génération d’artistes ayant vécu la guerre et la défaite de l’Allemagne, il ne choisira jamais de camp. Pendant longtemps, ses peintures sont grises, tous les tons de gris, comme l’est son attitude. Il a appris très tôt que rien n’est tout noir ou tout blanc.

Même lorsqu’il peint la série du 18 octobre 1977 (pour moi, le point d’orgue de cette rétrospective), il laisse le spectateur libre de juger. Cette série représente des portraits des membres de la RAF, faction terroriste appelée la bande à Baader (du nom du leader), qui agissait dans les années 70 à Berlin. Arrêtés en 1967, ils sont emprisonnés et on les retrouve le 18 octobre morts dans leur cellule. Ils se seraient suicidés mais on soupçonnait à l’époque que le gouvernement les y aurait poussés. Richter reprend dix ans après les photos des magazines publiées lors de leurs suicides pour peindre une série de 15 tableaux qui fit polémique lors de leur exposition. On lui reprocha de présenter ces terroristes comme des héros. Présentés pour la première fois aux États-Unis après le 11 septembre, ils furent très mal reçus. Richter s’exprimera ainsi : « L’actualité politique de mes « tableaux d’octobre » ne m’intéresse pas du tout. Beaucoup de critiques s’en émeuvent, et le jugement porté sur mes tableaux fluctue au gré des circonstances politiques, ce que je trouve fort regrettable. ». Il ne pouvait ignorer l’impact que ces tableaux auraient sur l’opinion mais Richter soulève des questions et ne donne pas de réponses. Il dira que ce qui l’intéresse est comment on peut se donner des idéologies et l’impact de ces idéologies sur la vie de ces jeunes gens.

Il peindra aussi September (présenté également à l’exposition) en 2005, tableau reprenant les tours du World Trade Center mais sous un voile de peinture blanche.

A côté de sa production figurative, Gerhard a aussi toute une production abstraite où il travailla la toile jusqu’à épuisement. De très belles séries sont présentées dans la rétrospective. La scénographie de l’exposition est d’ailleurs à signaler. Elle met merveilleusement en valeur la complexité des œuvres de l’artiste: production abstraite alterne avec photos-peintures ou encore peintures de paysages. Présenté au milieu une salle en forme de triangle, son installation de miroirs représente son travail avec ce matériau que Richter apprécie. Trois sculptures sont ainsi visibles dans la rétrospective.

Vous l’aurez compris, il n’y a qu’une chose à faire : aller voir par vous-mêmes. Pour moi, c’est de loin une des plus belles expositions que j’ai vues depuis quelques années!

  • QUAND ? Jusqu’au 24 septembre
  • OÙ ? Au centre Pompidou
  • COMBIEN ? 9/13 €
 Et aussi: Dessins, travaux sur papier, musée du Louvre, jusqu’au 17 septembre

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