Wim Delvoye interroge le Louvre


par Lola LBL

Après Jan Fabre en 2008, c’est un autre artiste belge qui s’installe au Musée du Louvre, sous le commissariat de Marie-Laure Bernadac, conservatrice générale du patrimoine chargée de l’art contemporain au Louvre. Depuis plusieurs années le musée ouvre ses espaces à l’art contemporain avec différentes manifestations intégrant des œuvres d’un artiste ou plusieurs, parfois créées pour l’exposition. Les œuvres sont cette année exposées dans les appartements de Napoléon III (anciennement ministère des Finances), dans le département des objets d’art, sous la pyramide et dans le jardin des Tuileries attenant au musée.

Wim Delvoye, né en 1965, originaire de Flandre, est connu pour trois scandales de l’art contemporain: Cloaca, machine à fabriquer des excréments présentée en 2000 au musée Mukha d’Anvers; Tim Steiner, l’homme tatoué, dont la peau a été vendue 150 000 € en 2008 (le propriétaire dispose du droit d’exposer Tim trois à quatre semaine par an et de récupérer la peau de Tim après sa mort); et enfin, les sept cochons tatoués présentés au MAMAC de Nice en 2010.

Le choix de cet artiste est censé confronter le public du Louvre attaché au patrimoine et à son immuabilité à l’œuvre d’un plasticien parfois irrévérencieux et si contemporain que beaucoup seraient déstabilisés. La presse anticipe un scandale, on voit déjà venir l’incompréhension des amoureux de Napoléon III venus de loin pour ne voir que de l’art du Second Empire ou autre déceptions. Le pari de cette exposition est risqué nous dit-on.

Mettre du neuf dans du vieux.

Il y a là des sculptures reprenant des figures de Mercure, de Bacchantes ou de Daphnis et Chloé par exemple. Entre jeux de symétrie et de distorsion, il faut nous aussi nous contorsionner pour regarder ces pièces, inspirées de sculpture du style pompier du XIXème siècle. Le plasticien a d’abord travaillé sur une image 3D de ces sculptures pour ensuite en faire des moules en plastique doré, puis en bronze.

Deux Bacchantes, 2011, bronze poli


Il a également inséré, entre les fauteuils de velours du salon de Napoléon III, trois cochons: ceux-ci ne sont pas tatoués mais tapissés de soie. Utiliser les codes d’une autre époque pour donner un message contemporain est une habitude chez Delvoye.

Cette idée est également reprise dans ses sculptures en acier inoxydable travaillé au laser. Rappelant volontairement la finesse gothique de grands édifices comme la précision de l’orfèvrerie médiévale, Delvoye joue sur les dimensions, les formes et les styles auxquels nous sommes habitués pour nous déstabiliser avec humour. Comme ce camion/cathédrale qui m’a évoqué le Vorticisme du début du XXème siècle.

Twisted Dump Truck, 2011, acier inoxydable travaillé au laser

Certaines pièces sont directement inspirées des écrits de Jules Verne, comme l’affiche et couverture du catalogue rappelant la couverture de Vingt mille lieues sous les mers.

L’intention du plasticien était-elle de ne pas déstabiliser le visiteur avec une esthétique décalée par rapport à l’environnement du musée mais de le surprendre avec des idées nouvelles ? Si c’est le cas, cela semble très réussi.

Des ambitions freinées ?

Sous la pyramide, l’œuvre phare de l’exposition, Suppo, dialogue avec l’architecture de la pyramide de Pei. C’est la seconde fois après Tony Cragg, qu’une sculpture est conçue pour cette espace. Fidèle à ses évocations scatologiques, le plasticien avait pourtant proposé de nommer cette flèche torsadée de treize mètre de hauteur Doner Kebab, mais le musée a préféré la scatologie à l’évocation d’une cuisine traditionnelle pouvant être interprétée comme discriminatoire. Il a également tenté d’associer la « Vache-qui-rit » à l’évènement en proposant de glisser des autocollants de l’exposition dans les boîtes de fromage, mais cette idée n’a pas emballé la marque Bel.

Entre frigidité et compromis, on a parfois l’impression que le musée n’est pas allé totalement dans le sens de l’artiste. L’un ne voulant pas déranger l’autre, les idées n’ont pas été poussées jusqu’au bout.

Une autre hypothèse serait que la période provocatrice de Delvoye est révolue: « Vous savez, j’ai déjà reçu les médailles de la provocation en réalisant Cloaca. Je m’intéresse à d’autres choses maintenant. » (tiré du site Slash: http://www.slash.fr/en/articles/entretien-wim-delvoye). Ces autres choses c’est sans doute l’idée de bousculer les règles du musée en profondeur, petit à petit, sans grands fracas: « On va au musée comme on va à l’Église, on s’oblige, on y va sans forcément comprendre ».

Au musée du Louvre, Wim Delvoye livre les œuvres, les questionnements et leurs clés dans un seul paquet cadeau. A vous de digérer le tout.

  • Double catalogue (inspiré des albums de Jules Vernes) aux éditions belges Mercator.
  • Du même artiste, Rorschach à la galerie Perrotin (76, rue de Turenne, 3ème arr.) du 2/05/2012 au 16/06/2012. http://www.perrotin.com/

 

Wim Delvoye « Au Louvre »

Du 31 mai au 17 septembre 2012


Pyramide du Louvre, jardin des Tuileries, département des Objets d’art


Tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi.


Nocturnes, mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.

Accès avec le billet d’entrée au musée : 10 €

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