Exhibitions, L’invention du sauvage au Musée du Quai Branly


par Zadiggidaz

Particulièrement enthousiaste à l’idée d’aller voir une exposition sur ce sujet, j’avoue m’être précipité au musée du Quai Branly – et Dieu sait que ce n’est pas dans mes habitudes – dès les premiers jours. L’exposition, qui s’est ouverte le 29 Novembre et doit durer jusqu’au 3 Juin, retrace l’histoire d’un fait de société que l’Europe cosmopolite d’aujourd’hui préfèrerait taire – mais qui reflète cependant un certain aspect de l’Europe colonialiste depuis le XVIe siècle : la monstration du « Sauvage ».

Tantôt de manière chronologique, tantôt de manière thématique, cette exposition commence par une remise en situation et une définition de cet autre nous-même – quoique jugé différent par les explorateurs des temps modernes- et retrace ensuite l’histoire de ce curieux intérêt : des premiers « pygmées » découverts par Colomb aux Indiens d’Amérique employés par Buffalo Bill, en passant par les cabarets de curiosités parisiens du XIXe.

Sous l’égide de Lilian Thuram, ex-footballer, désormais président d’une association contre le racisme et commissaire général de l’exposition (tout de même assisté de deux conservateurs professionnels), « EXHIBITIONS » a été primée au Globes de cristal 2011 dans la catégorie « exposition de l’année », au préjudice d’expos telles que « MANET »(Musée d’Orsay) ou encore « CÉZANNE, MATISSE, PICASSO : l’aventure des Stein » (Grand Palais).   Unanimement plébiscitée, Exhibitions atteint des records d’affluence – près de 1600 visiteurs par jour !– mais je regrette pour ma part qu’elle soit ponctuée d’un discours antiraciste trop contemporain et, de ce fait, complètement anachronique.

L’exposition s’articule autour d’une intéressante diversité de supports tels que de nombreuses affiches mais aussi des tableaux et des gravures, des cartes et même des sculptures. En outre, elle est également ponctuée par de (trop) nombreux extraits vidéo aidant à contextualiser les faits évoqués même si finalement, les « œuvres » parlent d’elles-mêmes.

Si le discours scientifique véhiculé par le contenu de l’exposition s’avère tout à fait intéressant, il est bien dommage qu’il soit parasité par des installations intermédiaires visant à interpeller le visiteur. Par exemple, pour le XIXe siècle et de ses cabarets, le visiteur est confronté à un long couloir où sont entreposées différentes affiches de réclame, à côté desquelles ontété disposés des miroirs destinés à confronter le spectateur à sa propre image, et à le conduire à s’interroger sur sa propre condition. L’exposition est également ponctuée de miroirs déformants, ambiance fête foraine. Elle se clôt par une installation vidéo dans laquelle figurent de jeunes représentants de communautés diverses (africaine, musulmane, homosexuelle, …) affirmant naïvement n’avoir aucun préjugé les uns sur les autres, alors même que la réalité sociologique semble tristement différente et que le clivage entre ces communautés ne cesse de se creuser. Enfin, l’apothéose du mauvais goût semble tenir dans les dernières minutes de ladite installation avec le témoignage d’un jeune trisomique affirmant être beau et plaire aux filles.

Si ÇA, ce n’est pas de « l’exhibition » …

Exhibitions – l’invention du sauvage c’est :

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