Bibliothèque: Witold Gombrowicz, mon écrivain à moi


par Soda&gomorrhe

Oui, à moi. Vous ne vous l’approprierez jamais mes petits lapins. Je n’admettrai jamais, ô grand jamais, qu’il ait une existence autre qu’à travers moi, qu’il prenne une autre forme que celle que je lui ai admise. Parce qu’au fond, c’est la forme qui compte. Mais si on parlait plutôt du gras qui se stocke dans les muscles des cuisses, finissant par tomber sur les genoux des servantes sexagénaires ? Sexy ? Non ? Tant pis, tant pis, Gombrowicz reste à moi, selon moi et jamais je ne vous reconnaitrai en tant qu’être si vous n’entrez pas dans cette forme.Voilà. On est en plein Gombrowicz : l’existence de l’autre par rapport à soi, l’immaturité, l’inter-humain, un poil d’existentialisme et une touffe de talent.

Mais à la différence avec mon introduction synthétisant maladroitement l’art d’un auteur émérite, Gombrowicz relève du génie. Reconnu comme l’enfant terrible de la littérature polonaise du XXe siècle,  il fut interdit par les nazis et les communistes, puis récompensé par un prix international de littérature (comme quoi certains points des programmes culturels fascisant pourraient être revus…). Gombrowicz lie absurde, paradoxe, psychologie et malaise social avec brio. Pas de refuge, pas de complaisance ni de rédemption dans son écriture: lire du Gombrowicz, c’est un peu comme participer à la chasse du côté des lapins: on s’en prend plein la tronche.

Auteur d’une douzaine d’oeuvres, il n’aura de cesse d’améliorer un style vif, piquant, donnant toujours à ses personnages des fixations névrotiques bien particulières, l’auteur  y plongeant au fond avec délectation et n’en ressortant qu’avec répugnance. La société fondée sur les rapports préétablis et la bêtise de l’imitation sociale sont constamment décriées dans ses œuvres. Ne trouvant pas de fond, de raison et encore moins une quelconque sagesse dans la forme sociale, il cherche une forme différente qu’il pourrait s’approprier. Mais vu qu’il n’y a pas de fond dans aucune de ces formes, il réalise une fuite en avant en devenant obsédé par cette forme qu’il déifie. Il s’attache à comprendre l’absurde, ou du moins à y trouver une esthétique, sur laquelle il puisse avoir pris. Et même si l’on fini par rire de cette débandade existentialiste, la comparaison avec notre vie n’a pas toujours un bon goût de carotte.

On adore ou on déteste, mais il est toujours plaisant de constater qu’en dépit de la différence de milieu social, de lieu ou d’époque les mêmes envies subsistent: fuite de l’ennui, et dénonciation d’un malaise général, le tout sous fond d’autodérision significative du peu d’importance qu’on accorde finalement à ses propres pensées, génie ou non.

Je sais que tels des lions de l’arène sautant à la gorge de chrétiens condamnés à mort, vous allez sauter en bons petits lapins que vous êtes sur les œuvres de Gombrowicz aux pages aussi croquantes et délicieuses qu’une salade fraîche. Et si ce n’est pas le cas, dites vous que c’est César qui vous l’ordonne.
Voici donc vos salades César (oui, bon, je suis désolé, mais si vous lisez ces lignes, c’est que vous avez supporté l’analogie entre les chrétiens bouffés par des lions et des oryctolagus cuniculus se délectant de littérature polonaise, ça veut donc dire que je peux tout me permettre…)
Ferdydurke. Éditions Gallimard. 1973
La pornographie. Éditions Gallimard. 1980
Cosmos. Éditions Gallimard. 1965

 

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