Bibliothèque: Dépoussiérage: les bords de Seine, les demoiselles et Courbet


Par Annacoluthe

Gustave Courbet, Les demoiselles du bord de la Seine, 1856, huile sur toile, 174 x 206 cm, Paris, Musée du Petit Palais.

 

Une brune profonde démontre un regard vide qui ne saurait cacher un endormissement certain, au terme d’un repas abouti, d’une partie de jambes en l’air qui se serait éternisée sur les quais de cette Seine alors encore bordée de nature. Chemise ôtée et jupons retroussés, c’est à la manière d’une fille de joie que Maria (appelons-la comme ça) arbore une désinvolture gênante pour l’époque.

L’autre derrière ne se soucie que de son amant, en l’occurrence Gustave lui-même, qui l’a étreinte et partagée des heures durant, le temps d’un pique-nique fornicateur, il lui a même porté des fleurs. Mais peut-être a-t-elle juste regardé le jeu des deux autres, ce qui expliquerait qu’elle porte encore chapeau, gants, robe. Esther songe, observe cygnes et brindilles flottant dans l’eau verte, elle attend que ça passe. Mais quand Gus’ va-t-il terminer ses esquisses ? Il est tout fou, à moitié nu, profitant du repos dominical de la police de quartier pour rester à l’aise. Esther, regarde-moi ! Elle : Non, pourquoi ? Tu n’as joué qu’avec l’autre. Les yeux de Maria passent au blanc. Elle n’a rien entendu, elle a sombré. Un air d’harmonica et une guitare sèche pour compléter cette scène pittoresque. Et  Courbet soulève lentement la Maria, douceur méditerranéenne, pour la placer dans la barque, tandis que la blonde ingrate peste et s’assois au devant, comme pour faire la moue. Je ne reviendrai pas dimanche prochain ! A-t-elle ajouté. Fusains, crayons et chevalet embarqués, tous trois s’éloignent de ce bord où le fleuve, loin d’adoucir les mœurs, ralentit le temps qui passe.

Gustave Courbet, né en 1819 à Ornans et mort en 1877 en Suisse, après s’être exilé à cause de la Commune, est un des piliers du réalisme français en peinture. La scène de genre jusque-là considérée comme ingrate et dernière dans la grande pyramide des sujets picturaux (dont la peinture d’histoire faisait partie des plus louées) connaitra son heure de gloire notamment grâce à Courbet. Celui-ci innovera en conférant à des thèmes, considérés comme toujours plus scandaleux, de très grands formats, donnant à des situations banales une dignité jusqu’à lors réservé aux seuls héros de l’Histoire (cf. Un enterrement à Ornans, 315 cm x 668 cm, 1849-1850, Paris, Musée d’Orsay).

Les Demoiselles du Bord de la Seine ont fait un tollé lors de leur présentation au Salon de 1857.

Dans la Revue des Deux Mondes, Gustave Planche, critique artistique et littéraire, nous en donne un compte rendu, comme c’était l’habitude à l’époque, et l’on ne pourrait retenir que cela : « La réalité, qu’il imite avec adresse, est à ses yeux le dernier terme de l’art. (…) Il y a pourtant du talent dans cette figure étrange ; mais quel talent mal dépensé ! »

Ce tableau est une huile sur toile d’assez grand format (174 cm x 206 cm), aux couleurs vives qui retranscrivent la lumière d’un après-midi ensoleillé (cf. La Rencontre ou Bonjour monsieur Courbet, 1854, huile sur toile, 129 cm x 149 cm, Montpellier, musée Fabre). La composition, quant à elle, tranche quand elle donne à voir sur une toile des personnages grandeur nature, ce qui choquait au milieu du XIXème siècle, surtout si l’on savait qu’elles étaient des prostituées…

Pour en savoir plus sur l’œuvre de Gustave Courbet, je vous invite à consulter le catalogue de l’exposition qui s’est déroulée de fin 2007 à Janvier 2008 au Grand Palais à Paris, que vous pouvez trouver dans les librairies muséales de la capitale et toutes les bonnes bibliothèques.

Si le cœur vous en dit, il est possible de consulter le compte-rendu du Salon de 1857 sur le site Wikisource, Gustave Planche, Le Salon de 1857 – La peinture, Revue des Deux Mondes, Deuxième période, tome 10, 1857, p. 377-403. http://fr.wikisource.org/wiki/Salon_de_1857/01

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