On danse au Centre Pompidou


par Flocons

« Mon art est précisément un effort pour exprimer en gestes et en mouvements la vérité de mon être. Dès le début, je n’ai fait que danser ma vie. » Isadora Duncan en écrivant ceci annoncera une des caractéristiques majeures des artistes et chorégraphes du XXe siècle qui est de faire de la danse une manifestation visible de la vie.

 

Se basant sur ces trois mots, Danser Sa Vie, l’exposition présentée en ce moment jusqu’au 2 avril au Centre Pompidou a pour ambition de raconter le dialogue entre la danse moderne et contemporaine et les arts visuels des années 1900 à nos jours. Beau défi relevé avec brio! L’exposition est passionnante, la scénographie est claire et les œuvres toutes pertinentes.

La présentation est découpée en trois parties : la danse comme expression de soi, les liens de la danse avec l’abstraction et pour finir, les relations entre la danse et les performances d’artistes qui se développent à partir des années 1960.

 

Nous sommes interpellés dès l’entrée par un film de Daria Martin intitulé In the palace complètement envoûtant. La caméra bouge autour de corps qui dressent un panorama des grandes figures de la danse moderne comme Joséphine Baker ou encore Martha Graham. Derrière la vidéo, sont exposés les trois panneaux de La danse de Paris de Matisse. Matisse a toujours été intéressé par les mouvements des danseurs, il les a beaucoup exploités dans ses œuvres. Rien que pour ces panneaux, l’exposition est déjà un petit bijou!

Tino Sehgal nous livre aussi une de ses installations. Connu pour son travail dans le courant de l’esthétique relationnelle apparue dans les années 90, Tino Sehgal emploie souvent des acteurs pour exécuter ses œuvres qui sont immatérielles et souvent déroutantes en plein milieu des tableaux ou sculptures présentes dans les expositions. Ici, un danseur se roule par terre sur un côté de la salle, effectuant des gestes codifiés et indiqués par l’artiste. C’est toujours intéressant de faire l’expérience d’une œuvre de Sehgal. C’était pour moi la première fois et je dois avouer que son travail est assez singulier.

 

La première partie est tout aussi réjouissante. On a entre autres l’occasion de voir L’après-midi d’un faune dansé par Vaslav Nijinski (danseur et chorégraphe des Ballets Russes), premier ballet de danse classique sans mouvements qui fit d’ailleurs scandale lors de sa représentation. Nijinski fait des gestes très géométriques, assez étranges mais dégageant une certaine sensualité et grâce malgré tout.

 

 

 

Quelques sculptures d’Auguste Rodin viennent mettre l’accent sur ces nouveaux gestes dans la danse. On est ensuite confrontés aux expérimentations de la communauté de Rudolf Van Laban en Suisse où la nudité et l’expérience de la nature sont de rigueur pour éduquer les corps pour la scène. Cette partie se finit en beauté avec une vidéo montrant Le sacre du Printemps, ballet chorégraphié par Pina Bausch utilisant de la terre sur scène. Ce ballet est poignant et sûrement une des plus belles versions de ce classique (petit extrait ici :http://www.youtube.com/watch?v=BEb4EH35uHE). Je vous conseille aussi de voir le film sorti cette année Pina réalisé par Wim Wenders en hommage à Pina Bausch lors de son décès.

 

La deuxième partie explore les liens entre la danse et l’abstraction. Lors de l’avènement de l’éclairage électrique, la chorégraphe Loïe Fuller crée son premier ballet Danse serpentine qui aura une grande influence sur les œuvres colorées de Sonia Delaunay ou encore de Gino Severini.

 

 

Spécialement pour l’exposition, l’artiste Olafur Eliasson a réalisé un film avec les employés de son atelier. Tous les gestes quotidiens deviennent des mouvements de danse et sont décomposés. Belle illustration de la volonté du Tanztheater de Pina Bausch qui était d’intégrer dans le champ de la danse des gestes de la vie quotidienne !

 

Enfin, la troisième et dernière partie rappelle que depuis les premières actions dadaïstes du Cabaret Voltaire en Suisse dans les années 1915, la danse et la performance ont toujours été extrêmement liées. On passera donc par des vidéos montrant les associations de John Cage et le chorégraphe Merce Cunningham (dont un ballet merveilleux présenté l’année dernière au théâtre de la Ville) et par des happenings du mouvement Fluxus dans les années 50-60.

La fin de l’exposition met à l’honneur la danse populaire avec un film d’Ange Leccia qui ralentit Saturday night fever ou encore l’œuvre de Jérôme Bel, The Show must go on, qui nous invite à nous déhancher au rythme de Let’s dance de David Bowie.

 

Allez, pour le plaisir :

 

 

Bonne expo!

 

Danser sa vie, Art et danse de 1900 à nos jours, centre Pompidou, jusqu’au 2 avril.

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