Interview avec Marcela Armas, artiste mexicaine


Par Flocons

Marcela Armas est une valeur montante de la scène artistique mexicaine. J’ai pu apercevoir une de ses œuvres à la Biennale d’art contemporain de Lyon de 2011 dans une exposition parallèle tenue en banlieue lyonnaise. Cette exposition intitulée Coup d’éclat  se concentrait sur des artistes d’Amérique du Sud pour rendre hommage au commissaire de la biennale de nationalité argentine, Victoria Northoorn. L’artiste y présentait Resistencia, la frontière entre le Mexique et les États-Unis retracée à l’aide d’une résistance électrique.

A l’occasion de l’exposition Resisting the present, Mexico 2000/2012  qui vient d’ouvrir ses portes au Musée d’art moderne de la ville de Paris, elle montre une œuvre tout aussi perturbante I-machinarius. Les frontières du Mexique sont présentées à l’envers et tracées par une chaîne électrique qui tourne autour de boulons. Du pétrole brut s’écoule le long du pays dessiné ainsi sur le mur.


Resistencia, 2009

Bonjour Marcela Armas, comment vous est venue l’idée de présenter l’œuvre I-Machinarius ?

 

En 2008, j’ai travaillé avec un collectif pendant quatre mois lors d’un séminaire. Nous échangions des idées sur un thème qui nous intéressait. La même année, un débat politique sur la privatisation de l’industrie du pétrole avait lieu au Mexique. Il faut savoir que le pétrole représente une grosse part de l’économie du Mexique donc ce débat était très important.

Pendant cette période, vous avez donc décidé de faire une œuvre d’où coulerait du pétrole brut ?

 

En effet. Je voulais montrer un aspect central de l’économie de mon pays. Cette carte du Mexique sur laquelle s’écoule du pétrole est une métaphore de la symbolique du pouvoir du pétrole. L’industrie de celui-ci se développe plutôt dans le sud du pays, c’est pour cela que j’ai inversé les frontières du Mexique en mettant le sud en amont et le nord en aval. Ainsi, le pétrole coule du sud vers la frontière du Nord, celle entre le Mexique et les États-Unis. La relation entre les USA et le Mexique a toujours été ambigüe et on le voit notamment dans les liens d’exportation de pétrole du Mexique vers l’Amérique du Nord.

Vous vous intéressez beaucoup aux relations entre les États-Unis et le Mexique notamment avec ce travail mais aussi avec Resistencia. C’est une constante dans votre travail?

 

C’est vrai qu’avec ces deux œuvres, la problématique est la même. C’est un hasard même si c’est une question qui m’intéresse évidemment parce que tous les mexicains se sentent concernés par les interactions entre les États-Unis et le Mexique. C’est ce que j’ai voulu montrer avec Resistencia en dessinant la frontière entre ces deux pays. C’est une frontière extrêmement militarisée et contrôlée ainsi qu’une des plus dangereuses au monde à traverser clandestinement. Cette barrière symbolise la barrière qui s’est petit à petit élevée entre notre pays et les États-Unis. Au-delà de la symbolique de cette frontière, ce qui m’intéresse dans mes œuvres est le matériau. Ici, j’utilise une résistance parce qu’elle chauffe et montre les tensions existantes à propos de cette ligne mexico-américaine. Pour I-Machinarius, j’utilise une chaîne électrique qui tourne pour symboliser la force ouvrière très présente dans mon pays.

Votre œuvre a-t-elle posé des problèmes de sécurité avec ces boulons pointus et le pétrole qui coule ?

 

Oui, en effet. Il a fallu installer un récipient pour récolter le pétrole coulant qui circule en boucle. Une barrière de sécurité a été installée. Il a été aussi compliqué d’acheter du pétrole brut. Ce n’est pas celui qui se vend dans une station service. Je n’ai pas réussi à avoir d’autorisations pour en acheter, c’est donc le musée qui a négocié et qui en a acquis. La machinerie derrière est aussi très lourde et conséquente. Elle pèse 700 kg. Il a fallu placer le système derrière une fausse cloison pour le cacher.

Êtes- vous obligée parfois de modifier vos idées si elles sont dures à concevoir?

 

Oui, j’ai souvent des idées qui m’apparaissent très bien sur le papier mais s’avèrent pratiquement impossibles à concevoir. C’est pour cela que je travaille parfois avec une équipe pour installer électroniquement mes œuvres. Je dois parfois renoncer à des projets ou les ajuster parce qu’ils sont impossibles techniquement à réaliser.

Merci beaucoup, Marcela Armas. Il ne me reste plus qu’à dire à mes lecteurs de filer au musée d’Art moderne voir cette très belle exposition sur la création mexicaine actuelle dans laquelle vous exposez. Au revoir et merci encore d’avoir bien voulu répondre à mes questions.

 

Resisting the present, Mexico 2000/2012, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, du 8 mars au 8 juillet 2012. 

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