La Mer à boire de Jacques Maillot


par Lola LBL

Je sais pas vous, mais moi, ça m’a titillé tout de suite cette histoire: un patron pathétique pâtissant du capitalisme. Peut-être parce que l’affiche m’a vaguement évoqué, de très loin, une autre image de mer plate bleu azur, dévoilée au public par pure coïncidence la même semaine, avec la même figure de capitaine qui coule en premier plan
Sorti le 22 février, La Mer à boire de Jacques Maillot met en scène Daniel Auteuil dans le costume du patron qu’il connait bien (Quelques jours avec moi de Claude Sautet et Romuald et Juliette de Coline Serreau). Ca nous parle d’un petit chantier naval marseillais de qualité, objet de rapports de force entre banquiers, investisseurs, patron, clients, ouvriers, employés et syndicalistes, sur fond d’une « crise » sous-entendue et invisible.

Non ce film n’est pas une « parabole inutile pour une caricature de crise » (Noémie Luciani dans Le Monde). C’est même sans doute dans la description des relations entre différents camps, aux intérêts si divergents qu’ils finissent par jouer au toucher/couler mais avec des vies, que le film tient sa force. Certes l’histoire nous est racontée à travers les yeux du dirigeant du chantier, mais sans vision manichéenne. Sans doute, l’évocation onirique de sa défunte épouse et l’entrée rafraîchissante d’une femme russe dans une vie pas toujours rose étaient un peu en trop. Mais ça fonctionne ! On se prend d’une compassion pas trop pathétique, pas trop distanciée pour ce personnage humaniste qui lutte sans gémir.

Mais le film joue également sur les personnages secondaires: un ami en détresse, l’histoire d’amour de deux employés, la comptable et le beau-frère loyaux mais pragmatiques, un syndicaliste expérimenté, des clients envahissants … autant de rôles joués avec justesse qui rattachent notre patron au monde extérieur. Des personnages tous solitaires et isolés qui, avec le prétexte d’un bateau, nous sont montrés dans un contexte rude exacerbant leurs conflits.

Cependant le film n’est pas convaincant jusqu’au bout. La justesse de ton de la première moitié du film est remplacée par une divagation laissant mourir à petit feu le personnage auquel on s’est attaché et qui nous rappelle les faits divers dont il est inspiré. Loin de moi l’idée de voir tout ça finir en happy end. Mais la fin n’est pas assez carrée, pas assez délimitée, trop flottante pour que ses allusions et ses clins d’œil, pourtant intéressants, fonctionnent totalement.

Que des commentaires vides fusent sur l’aspect « très actuel » de ce film « tiré de faits réels » (chacals !) ne m’étonne qu’à moitié. Heureusement, braves gens, qu’on parle du présent autant que des robots conquérant la Terre en 2134 ou des chevaux survivants de la Première Guerre Mondiale ! Sinon où irait le monde ?!

A lire : « La Mer à boire » : Daniel Auteuil en petit patron « d’un monde fini » (Aurélie Champagne pour Rue89)

A voir : La bande annonce et Daniel Auteuil sur Europe 1

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s