Bibliothèque: Miles Davis: Kind of Blue


par Imthefridge

(Par commodité pour un futur calembour, nous ne changerons pas le nom de Miles Davis, en l’affublant d’un diminutif ridicule, comme j’ai coutume de le faire.)

Bienvenue dans cette époque qui sent bon Martin Luther King, le cigare, les lumières tamisées, les bouibouis miteux qui portent le nom de « club », où se démène un paquet de musiciens jazz pour attirer l’attention du public sur leur musique.

Au risque de prendre un raccourci insultant (méthode qui présente de troublantes similitudes avec l’argumentation d’un candidat à la présidentielle), disons que le jazz était fait à l’origine pour danser. On n’écoutait pas vraiment la musique, du moment que c’était bien rythmé, les danseurs n’en avait rien à cirer, à l’inverse du parquet sur lequel ils évoluaient.

Puis vint le Bebop, un style où les musiciens rivalisaient de virtuosité sur des rythmes endiablés. Musique d’intellos, on ne pouvait pas danser dessus, quel ennui ! Secte musicale, une vraie course aux notes, la plupart des musiciens étaient en perte d’idées au bout de dix minutes de solo, on les comprendra. Enfin, un style élitiste.

Mais également un laboratoire de recherche pour ce bon vieux Miles, qui voyait déjà l’impasse dans laquelle s’engageaient ses compatriotes.

« Pourquoi jouer tant de notes alors qu’il suffit de jouer les meilleures ? » disait-il.

Faisons une expérience qui ne vous prendra que cinq minutes dix-sept secondes de votre temps, voulez vous ? (non, je n’ai pas l’air d’un démarcheur qui essaie de vous faire remplir son questionnaire à la con-sommation) Attendez la nuit (si vous vivez à côté d’une boîte de nuit, changez de logement !), éteignez les lumières ainsi que votre portable, assurez vous d’être seul et/ou d’avoir étouffé votre conjoint dans son somm… euh dans votre amour !), prenez une bonne inspiration, montez le son de votre ordinateur, lancez cette vidéo, en HD, et fermez les yeux si vous le voulez bien.

Alors ? On se sent tout chose ? Des frissons ?

Et ainsi, Miles Déviss-a de sa trajectoire Bebop, créant au début des années 50 le « Cool Jazz », qui contient dans son nom tout ce qu’on peut en dire. Mais là encore, tout n’est que gestation, il accouche finalement en 1959 de Kind of Blue, un OVNI musical pour l’époque. Imaginez le choc, la musique était divisée en deux catégories : la musique classique et la musique populaire. Là, un noir, qui plus est, se permettait l’impensable ! Une musique instrumentale originale, construite, complexe dans sa forme mais accessible à tous lors de l’écoute, des sonorités nouvelles (Merci à Mr Bill Evans au piano sur le morceau que vous venez d’entendre).

Miles nous offre sur un plateau de douces mélopées issues des rythmes africains, du lyrisme classique, et de la certitude qu’on fait quelque chose de nouveau. De révolutionnaire, même. D’ailleurs, en passant à la douane vers la fin de sa carrière (1991) il répondit au douanier américain qui lui demandait « rien à déclarer ? » « Si, j’ai révolutionné la musique. Deux fois. »

Le malheur, c’est qu’il a influencé tellement d’artistes que sa musique est devenue une sorte d’institution, un objet commun, qu’on ne distingue plus du reste tellement elle EST le reste.

Alors, révisez vos classiques, ressortez les vinyles, et les Gramophones ! Comment ? Ils ne marchent plus ? Vite, réparons-les ! Miles, as-tu Davis et un marteau à me prêter ?

Kind of Blue, 1959 label Blue Note, dans tous les magasins de musique qui se respectent.

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