Focus sur Ai Weiwei, un artiste face au monde


par Flocons

Série Study of perspective, 1995-2010 Une exposition vient d’ouvrir à la galerie nationale du Jeu de Paume sur l’artiste Ai Weiwei. Je vous conseille vivement d’aller y faire un tour si vous n’avez pas peur des bains de foule.

Vous avez sûrement entendu parler de lui l’année dernière lorsqu’il a été arrêté le 3 avril par les autorités chinoises sous prétexte qu’il était trop critique par rapport au régime. Le monde de l’art s’est mobilisé, des expositions de soutien se sont créées à la dernière minute. Il a été finalement libéré sous caution le 22 juin et est toujours interdit de sortie du territoire à ce jour.

Heureusement pour nous, petits chanceux, Ai Weiwei avait déjà envoyé pas mal de documents pour l’exposition du Jeu de Paume. J’ai donc la chance de pouvoir vous faire un petit compte-rendu de ma visite d’une petite heure en Chine.

 

Il faut savoir qu’Ai Weiwei est né à Pékin en 1957. En 1983, il s’installe à New York et il y restera jusqu’en 1993. La première salle de l’exposition présente donc ses multiples photographies qu’il a prises dans les rues de New-York, dans son appartement avec ses amis artistes, autoportraits de lui devant des miroirs ou un peu partout. Il rencontre aussi là-bas le poète Allen Ginsberg et des artistes comme Roy Lichtenstein. Il prend déjà l’habitude de documenter tout ce qu’il voit, de détailler chaque aspect de sa vie en l’immortalisant en photo.

Il fait d’ailleurs la même chose en rentrant à Pékin dix ans après pour se rapprocher de son père malade. Les images défilent devant nos yeux : le quartier dans lequel il vit au cœur des mouvements d’avant-garde de l’époque, sa famille, son père mourant, ses expérimentations en rapport avec les ready-made de Duchamp qu’il a pu connaître aux Etats-Unis. Voulant intégrer l’art à la vie, il a été très fortement marqué par les travaux duchampiens.

 

Nous entrons ensuite dans une salle submergée par les photos collées partout sur les murs. C’est un reportage qu’Ai Weiwei a fait sur une pratique de l’Etat chinois qui consiste à démolir des bâtiments et reconstruire ensuite de beaux immeubles neufs sur des terrains qui leur appartiennent sans aucune négociation avec les propriétaires des maisons sur les sites. Cela crée de grands terrains vagues entre chaque démolition/construction et des paysages provisoires. Il montre aussi des photos de la construction du Bird’s nest, stade olympique de Pékin, à l’occasion des Jeux 2008. Ai Weiwei qui a créé son bureau d’architecture en 2003 a été consultant artistique pour la conception du nouveau stade avec le duo d’architectes suisses Herzog et de Meuron. Le stade est appelé Bird’s nest puisque sa structure ressemble à un nid d’oiseau.

 

Le stade national de Pékin appelé Bird’s nest :

 

 

L’artiste a aussi documenté l’avancement de la construction du terminal 3 de l’aéroport de Pékin en préparation des Jeux Olympiques.

 

Son projet le plus intéressant est sans conteste l’œuvre qu’il a créée pour la Documenta 12 à Kassel. Il a voulu faire venir à  Kassel 1001 Chinois dans une installation vivante. En Chine, il est très dur d’obtenir un passeport et un visa pour voyager à l’étranger. Cela ne traverse même pas l’esprit de gens issus de milieux modestes. Ai Weiwei les a pris en photos devant les ambassades où ils devaient effectuer leurs démarche administratives. Des vidéos montrent les entretiens dans l’ambassade, les questions intrusives des fonctionnaires pour contrôler les citoyens chinois. C’est assez effarant et effrayant de voir la situation actuelle chinoise et l’emprise du gouvernement sur le peuple chinois. Le plus bouleversant reste le passage de la vidéo où un homme, journaliste, raconte à sa mère en pleurs qu’il vient d’être renvoyé à cause d’un de ses articles. La famille toute entière du jeune homme est ébranlée et j’avoue que j’avais moi-même la gorge nouée.

 

La dernière salle est consacrée aux images de son blog qu’il alimente en continu depuis de nombreuses années, ce qui lui a valu d’ailleurs son arrestation. Des textes et des commentaires sur la  situation chinoise défilent sur des écrans. Maintenant qu’il est encore plus étroitement surveillé, Ai Weiwei s’est mis à prendre des photos avec son téléphone portable qu’il poste directement sur twitter. Ces images sont exposées sous verre comme celles de son opération à la tête lorsqu’il s’est fait tabasser par la police en août 2009. Il a dû en effet un mois plus tard subir une intervention chirurgicale d’urgence pour enrayer une hémorragie cérébrale. On voit aussi les différentes étapes de la construction de son atelier d’art et de culture en périphérie de la ville qu’il est personnellement convié à construire par les autorités de Shanghai. En août 2010, les autorités ont finalement décidé que la construction était illégale et la démolition a commencé une nuit de janvier 2011.

 Malgré tout, Ai Weiwei continue. A avancer, à montrer son pays sans grand discours mais toujours avec un regard juste. A révéler l’envers du décor! Et ce n’est vraiment pas beau à voir!

 

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