Retour sur les Mayas


par Alexandra B.

Depuis quelques temps les cultures précolombiennes et mésoaméricaines sont à l’honneur dans la capitale, leurs arts envahissent nos murs de métro, et les expositions se multiplient.En un an c’est la deuxième qui prend pour sujet l’art de la culture maya, comment expliquer ce soudain engouement pour cette civilisation ? Et qu’en savons nous vraiment ?

Premièrement, soulignons que 2011 était l’année du Mexique : à l’origine, l’exposition de la Pinacothèque devait donc être présentée l’année dernière (en parallèle donc avec celle du musée du Quai Branly), mais la manifestation a été annulée à cause de tensions entre Paris et Mexico (c.f. affaire Florence Cassez).

Deuxièmement, quelle est la première chose qui vient à l’esprit d’un néophyte lorsqu’on lui demande ce qu’il sait a propos des Mayas ? Cela se résume la plupart du temps à leur calendrier (ils en avaient deux pour être plus exact : un sacré de 260 jours et un  solaire de 365 jours) et la fin du monde ! Là, on dit merci aux superproductions américaines et à leur incroyable talent de vulgarisation. Cependant, si l’on passe outre les stupides énormités qu’elles génèrent, je pense qu’on leur doit, en grande partie, le succès et l’intérêt qu’on porte a ces civilisations actuellement.

Mais revenons à nos moutons : oui, leur calendrier est une de leur caractéristique majeure (et maintenant bien « connue », je ne l’évoquerai donc pas). Mais si l’on essayait, le temps d’une lecture, d’aller voir un peu plus loin et de se perfectionner un peu, histoire de se la jouer lors de notre prochaine excursion au Quai Branly ou à la Pinacothèque !?

Il serait complexe (et certainement très ennuyeux) de faire en un article un résumé complet de l’histoire maya, qui, même pour moi, pourtant friande de cette civilisation, me parait parfois très obscure. Je vous propose donc de découvrir (ou redécouvrir) un petit panel d’ouvres choisies, les plus célèbres, centrées autour du thème de la religion, élément incontournable si l’on veut comprendre la culture maya et en général toutes les cultures précolombiennes. Mais avant ça une brève (je vous le promets) contextualisation s’impose.

On divise traditionnellement le pays maya (Mexique) en trois grands ensembles géographiques : au sud, les hautes terres volcaniques du Guatemala; au centre, la vaste forêt tropicale du Petén, au nord, l’aire maya qui occupe majoritairement la péninsule du Yucatan. La civilisation a été divisée en trois périodes: le pré-classique, l’ émergence des Mayas, vers Veme siècle avant J.-C. , la période classique (autrement dit l’apogée) entre 250 et 950 après J.C., et le post-classique entre 950 et 1521 (date de la conquête espagnole). Les Mayas cotoient donc la deuxième « super » civilisation connue pour l’époque : les Azteques (1200-1521).

Mais à la différence des Aztèques, cette culture a été redécouverte tardivement. Il ne faut pas voir celle-ci comme un immense empire centralisé, comme ceux de notre monde antique occidental: ce n’est pas une civilisation unifiée, mais une multitude de cité-états, rivales les unes des autres.

La deuxième chose à laquelle on pense, et sur laquelle on va s’attarder, quand on évoque ces cultures, est l’omniprésence des sacrifices humains et de l’effusion de sang qu’ils imposent – les modes d’immolation les plus courants étant la décapitation et la cardiectomie. Pendant longtemps on a vu les Mayas comme un peuple pacifique tourné exclusivement vers l’étude des astres et du calendrier car très peu de représentations rituelles étaient représentées dans les arts. Or, malgré ce manque il est sûr maintenant que cette civilisation ne dérogeait pas à la règle.

En effet la plupart des religions mésoaméricaines était empreintes de pessimisme: l’homme croyait participer a la cinquième et dernière création qui, comme la précédente, devait s’achever par une destruction totale. Les dieux qui, n’étaient ni tout puissants ni immortels, y furent anéantis et se sacrifièrent pour l’humanité (ils s’immolèrent pour faire renaître le soleil qui ne se nourrit que de sang). Celle-ci se devait donc de leur rendre la pareille par des sacrifices humains, qui a leur tour, garantissait la bonne marche de l’univers.

Voici 3 exemples en rapport avec ce rituel.

Peintures de Bonampak (au cœur de la foret tropicale du Mexique), 782 après J.C. (Classique récent)

Miraculeusement conservées les peintures de ce site, couvrant les murs et les voûtes, rassemblent quelques 300 personnages. Ces fresques nous renseignent sur des éléments qu’on ne peut aborder par l’archéologie : la musique, la danse, les rituels, la pratique de la guerre ou la succession dynastique. L’épisode le plus important est sans conteste placé dans la chambre centrale du complexe religieux : c’est la victoire du roi sur la cité ennemie. Les vaincus sont représentés dénudés, suppliant et montrant leurs mains mutilées. Leurs doigts ont été coupés ou leurs ongles arrachés. Ils seront sacrifiés. La guerre, qui sert à la fois à s’imposer sur la scène politique et à ramener des sacrifiés, est un facteur essentiel de l’émergence de la civilisation maya comme de son déclin.

Bouclier-jaguar représentant le prince et Dame Xoc, site de Yaxchilàn,  Chiapas, (Mexique) 681 après J.C., visible au British Museum

L’élite, elle-même, participait aussi au rituel en pratiquant l’autosacrifice. On offrait son sang en se perforant la langue (c’est le cas ici), les lobes d’oreilles ou d’autres parties charnues du corps… (oui, oui c’est bien ce a quoi vous pensez….). Pour ce faire, ils utilisaient des cordelettes d’épines ou des lancettes d’obsidienne.

Tzompantli de Chichen Itza, post-classique ancien (1000-1200 après J.C.)

De tous les rituels sacrificiels, celui du tzompantli est certainement le plus spectaculaire. Le tzompantli, ou « mur des crânes », est une plateforme de pierre de plan rectangulaire dont les murs sont décorés de crânes de pierres empalés sur des pieux. Ce décor explicite en fait la fonction de la structure, destinée à exposer les crânes des sacrifiés. Ceux-là, enfilés sur des bâtons étaient ainsi placés, jusqu’à décomposition complète. Plusieurs dizaines de milliers de crânes étaient ainsi exposés en permanence. Ce rituel complexe, concluant certaines variétés de sacrifice humain, était étroitement associé au traitement des corps après la mort : ainsi les têtes des guerriers ennemis morts au combat étaient-elles conservées, parfois avec la peau et les cheveux comme trophées.

Si j’ai choisi d’évoquer cet aspect plutôt morbide de la civilisation maya c’est aussi parce que c’est celui qui attire le plus facilement le spectateur et l’amateur. A l’instar des momies égyptiennes en occident, les rituels précolombiens nous interpellent à la fois par leur ethnicité et par leur haut degré d’élaboration.

L’exposition Les masques de jade mayas, à la Pinacothèque de Paris, jusqu’au 10 juin.

4 réponses à “Retour sur les Mayas

  1. Dans la continuité de l’auto sacrifice de l’élite qui verse un peu de son sang, est-ce que certains sacrifices « complets » dirais-je, (« coupez cette tête que je ne saurais voir et arrache-moi le cœur, merci bien ») étaient-ils volontaires ou alors on est sûr qu’il ne s’agissait que de prisonniers ?

  2. il pouvait bien sur etre question de volontaires car les sacrifiés, ayant contribué a la bonne marche de l’univers, accédaient a une sorte de « paradis » (ils accompagnaient en fait le soleil dans sa course) il pouvait aussi s’agir d’étrangers de passage ou de personnes atteintes de malformations.

  3. Pingback: Howard Philips Lovecraft « Etre App'art·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s